Nouveau coup de théâtre dans l'affaire qui secoue la communauté scientifique depuis un mois. Le professeur sud-coréen Hwang Woo-suk a clamé vendredi que, contrairement à ce dont on l'accuse, la découverte qui l'a rendu mondialement célèbre le printemps dernier n'a pas été inventée de toutes pièces. Et que l'avenir lui donnera raison.

En mai, ce chercheur de l'Université nationale de Séoul expliquait dans la revue Science comment son équipe était parvenue à créer, par la méthode du clonage thérapeutique (lire en page 2), onze lignées de cellules souches d'embryon «taillées sur mesure» pour les patients. Une révolution, car ces cellules seraient capables d'engendrer tous types de cellules (sanguines, nerveuses, musculaires...) ouvrant la voie à des greffes réparatrices (LT du 21.05.05). En Corée du Sud, ces accusations de fraude scientifique tournent maintenant à l'affaire d'Etat.

C'est début novembre que l'image à succès commence à se lézarder. L'un des coauteurs de l'étude, l'Américain Gerald Schatten, accuse son collègue de manquements à l'éthique. Acculé par la presse, Hwang Woo-suk démissionne de tous ses postes à responsabilité, en admettant une série de fautes. La principale est que certains des ovules utilisés dans l'expérience avaient bien été donnés par deux de ses propres collaboratrices, et que d'autres donneuses avaient reçu une rémunération. De plus, toutes n'auraient pas été informées de l'usage qui allait être fait de ces ovocytes. Autant d'agissements qui violent les règles éthiques en vigueur sur le plan international.

L'affaire aurait pu en rester là. Or, le 4 décembre, le chercheur sud-coréen signale à Science que des photos erronées se sont glissées dans l'article lorsque celui-ci a été envoyé pour édition. L'hebdomadaire américain confirme l'erreur, mais assure que celle-ci ne remet pas en question les résultats scientifiques. Du coup, les réactions s'enchaînent dans ce pays asiatique encore fier d'avoir damé le pion à bien d'autres dans un des domaines les plus prometteurs de la médecine.

Certaines grandes entreprises retirent leurs publicités aux chaînes qui ont révélé le pot aux roses. D'aucuns regrettent le manque de patriotisme dont ont fait preuve les médias en dénonçant l'un des représentants les plus célèbres et les plus médiatisés de la nation - il est également le père du premier chien cloné. MBC-TV a d'ailleurs reconnu que ses journalistes avaient fait pression sur des collaborateurs du professeur Hwang pour obtenir des informations. Enfin, le président sud-coréen s'en serait mêlé, priant le professeur de reprendre ses recherches.

Mais, le 13 décembre, lorsque Gerald Schatten réclame à Science le retrait de son nom de la publication, la polémique se déplace cette fois véritablement sur le terrain de la véracité scientifique. La célèbre revue refuse d'obtempérer, arguant que tous les auteurs doivent faire une demande concertée. Mais elle publie aussi sur son site internet les sérieux doutes émis par d'autres chercheurs sud-coréens quant à la qualité des résultats décrits.

Le 14 décembre, un collègue de Hwang, Roh Sung-il, chef de la clinique d'infertilité Mizmedi, rapporte une discussion qu'il aurait eue avec le professeur, alors hospitalisé pour «surmenage». Ce dernier lui aurait avoué que neuf des onze lignées de cellules souches étaient «factices», voire n'avaient jamais existé. De plus Hwang aurait souhaité le retrait de l'article incriminé.

Vendredi, l'homme sort enfin du bois. «J'ai demandé ce retrait après avoir obtenu l'aval des coauteurs», a-t-il confirmé. Avant d'asséner: «Je peux affirmer que nous avons créé des cellules souches spécifiques à chaque patient et que nous disposons de la technologie pour le faire!» Et de détailler que les cinq lignées - sur onze - qui sont encore en bon état seront bientôt disponibles pour des tests génétiques visant à confirmer les résultats originels.Préjudices à la recherche?

Qu'en attendre? «Pour l'instant, il faut accorder au chercheur la présomption d'innocence, estime le professeur Denis Duboule, embryologiste à l'Université de Genève. Le mensonge sur l'origine des ovocytes doit être puni par le retrait de l'article. Mais cela ne suffit pas à dire que toute l'expérience est caduque.»

Et des conclusions accablantes porteraient-elles préjudice à tout ce domaine sensible de la recherche médicale? Certains le redoutent. Pas Denis Duboule: «Si l'enquête ne conclut pas à la fraude, tant mieux. Et même si la fraude est avérée, la recherche sur les cellules souches dans le monde continuera sans trop en pâtir. Ce sera plutôt à la Corée du Sud de faire le nécessaire pour régler ce genre de problème, de manière à retrouver une certaine crédibilité.»