Les relations entre l'Allemagne et l'Union européenne n'ont jamais été aussi houleuses. Dans le plus grand pays de l'Union, les entorses au droit communautaire ont fortement augmenté entraînant ainsi une multiplication des décisions de Bruxelles contre la volonté allemande. Stefan Rabing, porte-parole (allemand!) de Karel Van Miert, pour quelques semaines encore commissaire à la concurrence, explique que les Allemands ne sont souvent pas respectueux du droit et que les tricheries sont devenues pour eux des actes de bravoure. De plus, depuis la démission collective de la Commission, il note qu'à Bruxelles on sent de la part de ce pays une pression «massive et effrontée».

En effet, Gerhard Schröder défend souvent les intérêts nationaux sans se soucier du respect des autres pays et de la législation européenne. A la veille d'une décision de la Commission concernant la Westdeutsche Landesbank, Gerhard Schröder a écrit à Jacques Santer en lui demandant de transmettre ce dossier sensible à la nouvelle commission. En vain. La banque s'est vu imposer le remboursement d'une aide d'Etat de 1,6 milliard de DM, un record. A Bonn, comme dans les capitales régionales allemandes, la décision a été accueillie très fraîchement. Ce cas s'est ajouté à une longue liste de déconvenues. L'Union européenne a accru au cours de ces dernières années ses compétences et les présidents des régions allemandes comme d'ailleurs plusieurs dirigeants fédéraux ne cachent pas leur mécontentement.

La moitié des cas pour lesquels l'Allemagne est épinglée concernent la partie est du pays. Après la réunification, cette région a fait l'objet d'une politique généreuse, qui a favorisé les transactions douteuses. Le cas le plus connu est celui des chantiers navals Bremer Vulkan, qui ont détourné plusieurs centaines de millions de marks de subventions. Plusieurs aides de l'Etat régional de Saxe ont également fait l'objet de décisions de la Commission. Volkswagen a ainsi dû rembourser une subvention de 240 millions de marks. L'Etat de Saxe vient dernièrement de se faire épingler pour avoir aidé les usines d'acier de Gröditz. Dans les deux cas, Kurt Biedenkopf, président du land de Saxe, a fortement critiqué Bruxelles.

L'Allemagne de l'Est n'est pas la seule touchée par l'administration européenne. Lorsque Deutsche Telekom était sur le point de fusionner avec Telecom Italia, Van Miert leva le doigt. Après l'abandon de ce projet, l'entreprise fit l'objet d'une décision l'obligeant à vendre tout ou partie de ses activités dans le câble ou abandonner ses projets d'expansion en Europe. D'autre part, la Commission européenne a interdit aux groupes Bertelsmann et Kirch de fusionner leurs activités de télévision à péage.

Par ailleurs, le gouvernement de Schröder ne supporte pas la décision de la présidence finlandaise de l'UE d'abandonner l'allemand comme langue de travail lors des réunions informelles. L'Allemagne a menacé de ne plus y participer.

Le choix des commissaires européens représentant l'Allemagne a également provoqué des étincelles entre Bonn et Bruxelles. Romano Prodi, le nouveau président nommé de la Commission, désirait avoir au sein du conseil un chrétien-démocrate de la CDU à côté d'un représentant social-démocrate. Le chancelier tenait pour sa part à envoyer une représentante des Verts. Gerhard Schröder a fini par s'imposer. Dans ce contexte, à la Chancellerie allemande, le projet de Romano Prodi de supprimer le droit de contrôle des chefs d'Etat sur le choix des commissaires est accueilli avec scepticisme. A Bonn, on se montre surpris de voir le nouveau président italien, «élu par Gerhard Schröder» vouloir «affaiblir» le chancelier allemand.

Les Allemands, par leurs entorses au droit européen et leurs attitudes de défense des intérêts nationaux, entachent leur image à Bruxelles sans pourtant arriver à leurs fins. Le chancelier, qui a demandé une substantielle réduction de la contribution allemande au budget de l'Union, n'a ainsi pour l'instant atteint aucun résultat sur cette question.