Les dirigeants israéliens ont du mal à cacher leur malaise car les relations de leur pays avec le «grand frère» américain se dégradent. Au point que Washington, qui est irrité par les menaces récurrentes de frappes sur l’Iran émanant de l’Etat hébreu, a décidé de réduire la participation de l’US Army aux manœuvres communes avec l’armée israélienne prévues cet automne.

Barack Obama prudent

Certes, l’exercice baptisé «Austère challenge 12» et visant à mieux intégrer les systèmes de détection des frappes iraniennes déployés par les deux pays n’a pas été annulé. Cependant, à peine 1500 soldats américains y participeront au lieu des 5000 initialement prévus. En outre, un seul navire américain de détection et de brouillage électronique prendra la mer au lieu de deux. Quant aux équipes américaines servant les batteries de missiles antimissiles, elles seront absentes et leurs homologues israéliennes seront priées de se débrouiller seules.

A en croire le Pentagone, la réduction de la participation américaine serait due à des restrictions budgétaires. Mais l’état-major de Tsahal ne croit guère à cette explication puisque les modalités de l’exercice avaient été négociées de longue date.

En réalité, le changement de position de Washington est d’ordre politique. Il se dit en tout cas à Jérusalem qu’il a été inspiré par la Maison-Blanche. Une gifle pour le ­premier ministre Benyamin Netanyahou et pour son ministre de la Défense, Ehoud Barak.

La mauvaise humeur américaine est d’autant plus évidente que le chef d’état-major de l’armée américaine, Martin Dempsey, a, la semaine dernière, affiché publiquement son opposition à une éventuelle offensive israélienne sur l’Iran. «Je n’en serai pas le complice», a-t-il alors déclaré.

«Puisque les rumeurs circulant à Tel-Aviv évoquent une frappe israélienne sur l’Iran dans le courant de l’automne, Barack Obama prend ses précautions en réduisant la participation américaine à toute manœuvre militaire susceptible de déclencher l’ire iranienne, estime le chroniqueur Hanan Krystal. Il sait qu’il risque de se mettre à dos le puissant lobby pro-israélien œuvrant à Washington, mais il redoute encore plus de voir son pays entraîné contre son gré, en pleine période électorale, dans un conflit qu’il ne souhaite pas.»

Pour l’heure, la mauvaise humeur affichée par Washington n’atténue pas la détermination des partisans israéliens d’un conflit avec l’Iran. Ex-président de la Commission de la défense de la Knesset, le très influent député Tsahi Hanegbi (Likoud) a ainsi estimé que «les récents succès diplomatiques de l’Iran [ndlr: la tenue du sommet des Non-Alignés à Téhéran] justifient une action» de son pays. Dans la foulée, 27 députés du Likoud sur 28 ont publié une lettre proclamant leur confiance dans la manière avec laquelle Benyamin Netanyahou gère la crise.

«Ligne rouge claire»

Depuis 2009, le courant n’est jamais passé entre Benyamin Netanyahou et Barack Obama. Si le premier s’abstient de toute critique publique, se contentant d’exiger du second qu’il fixe une «ligne rouge claire» dont le dépassement par l’Iran autoriserait une attaque israélienne, son entourage se montre plus explicite. En accusant, par exemple, le chef de la Maison-Blanche «d’être plus intransigeant avec Israël qu’avec ses ennemis».

Un thème que martèlent les éditorialistes d’Israël Hayom, le prin­cipal quotidien de l’Etat hébreu (pro-gouvernemental) dont le propriétaire, Sheldon Adelson, est également le plus important contributeur électoral du candidat républicain Mitt Romney.