48 heures après la fermeture des bureaux de vote en Albanie, les résultats définitifs des élections de dimanche n’étaient toujours pas connus mardi soir. Les deux principales forces politiques du pays, le Parti démocratique (PD, droite) du premier ministre sortant Sali Berisha, et le Parti socialiste (PS) sont au coude à coude mais le PD devrait avoir une légère avance en termes de sièges au sein du futur parlement, en raison du découpage en circonscriptions.

Ces élections auraient été «un grand jour pour la démocratie en Albanie», selon les termes de certains diplomates occidentaux. L’OSCE a été beaucoup plus critique: même si aucun incident majeur n’a été signalé, et si des «progrès» sont constatés, les élections de dimanche n’ont pas encore été «conformes aux standards démocratiques». Le «test démocratique» que représentaient les élections n’a donc été que partiellement rempli.

Dans l’immense quartier de Bathore, à la périphérie de la capitale albanaise, les limites de l’exercice démocratique étaient faciles à voir. Dans un bureau de vote installé dans une sorte de hangar, seul un vague paravent de carton servait d’isoloir, et beaucoup d’hommes accompagnaient leurs épouses, leur indiquant quelle liste cocher, sous l’œil impassible des responsables du bureau, installés derrière une table de billard. Fief électoral de Sali Berisha, le quartier de Bathore, 66000 habitants selon les dernières estimations, abrite des squatters venus du nord du pays, la région d’origine du premier ministre.

«Dans ces quartiers déshérités, le gouvernement achète des voix et empêche nos sympathisants d’aller voter en ne leur délivrant pas à temps les documents d’identité nécessaires», dénonce une jeune militante.

Dimanche soir, des sondages de sortie des urnes annonçaient une large victoire du Parti démocratique (PD, droite) du premier ministre Sali Berisha, mais la tendance s’est inversée dès la matinée de lundi, montrant que le PD et son adversaire socialiste étaient au coude à coude.

Plus l’attente des résultats finaux se fait longue, plus augmente le risque de tensions. Edi Rama, le chef du PS, a mis en garde lundi soir contre de possibles violences et manipulations mais, hormis quelques incidents très ponctuels, les deux partis semblent respecter la consigne de modération. Reste à savoir combien de temps prendra la formation du gouvernement et à quelles tractations elle donnera lieu. Selon plusieurs journalistes de Tirana, «le PS acceptera son éventuelle défaite, mais si jamais il s’avère que ce parti pourrait être en mesure de former le gouvernement, Sali Berisha et ses partisans pourraient revenir à une posture agressive». «L’incertitude qui plane encore à deux jours des élections ne me dit rien de bon», ajoute l’un d’eux.