La tension monte autour d’un barrage dans le Tarn

France Un manifestant est mort ce samedi

C’est une explosion, peut-être une grenade lancée par des gendarmes, qui a coûté la vie à Rémi Fraisse, 21 ans. L’autopsie pratiquée ce lundi pourrait bien sceller l’avenir d’un chantier explosif dans le Tarn.

Jeune militant de «Nature environnement», étudiant en écologie, ce Toulousain avait manifesté samedi sur le site du barrage de Sivens, près de Gaillac. Sans intention de «casser», selon sa famille. Le rassemblement avait dégénéré en fin de journée en violents affrontements avec les forces de l’ordre: cocktails Molotov et jets de pierres d’un côté, tirs de flash-ball et gaz lacrymogènes de l’autre. Jusqu’à ce que son corps soit découvert dans la nuit. Victime de la violence des forces de l’ordre? Selon le procureur d’Albi, Claude Dérens, «la déflagration a été forte car le jeune homme a été projeté au sol de façon violente et sa mort a été instantanée». Dès ce week-end, certains témoins avaient évoqué la responsabilité des gendarmes mobiles. «Des infos perturbantes», avait affirmé l’ancienne ministre écologiste Cécile Duflot.

Un projet «absurde»

Voilà des années que la construction de ce barrage-réservoir fait débat dans la région. La mobilisation contre sa construction pourrait tourner à un nouveau «Notre-Dame-des-Landes», du nom de cet aéroport dont la construction a été suspendue près de Nantes après des mois d’opposition acharnée menée par des militants écologistes et d’extrême gauche.

Le projet, initié par le département, a pour but d’irriguer quelques dizaines d’exploitations de maïs. Mais pour construire cet ouvrage qui doit retenir 1,5 million de m3 d’eau, il faudra faire disparaître une zone de biodiversité de 13 hectares abritant une centaine d’espèces protégées. Deux jours après le rassemblement, les opposants ne décolèrent pas. Un rapport d’expertise apporte de l’eau à leur moulin. Commandé à des ingénieurs spécialisés, il met en lumière les faiblesses d’un projet qu’ils décrivent comme «médiocre». Le chantier est surdimensionné compte tenu des besoins, estiment les experts. Ces derniers relèvent aussi l’insuffisance de l’étude d’impact, le financement fragile (alors que l’ouvrage va coûter 8,4 millions) et l’absence d’analyse approfondie des alternatives possibles. Stopper le chantier? C’est ce que réclament les écologistes. «Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve doit faire arrêter les travaux pour cause d’ordre public», estime le député européen vert José Bové, qui était présent samedi. Jean-Luc Mélenchon, député européen du Front de gauche, propose un référendum lors des élections cantonales de l’an prochain. Et l’ex-ministre socialiste de l’Ecologie Delphine Batho appelle à un moratoire contre un projet qu’elle juge «absurde». Mais si les experts soulignent les défauts du projet, ils relèvent aussi que compte tenu de son avancement, il sera très difficile de l’interrompre…

Six mois après son arrivée au Ministère de l’écologie, Ségolène Royal se retrouve en première ligne dans ce dossier politiquement sensible. Ni l’Elysée ni Matignon n’ont encore réagi après les graves incidents de ce week-end. François Hollande, au plus bas dans les sondages et déjà chahuté dans la rue par la droite, ne peut pas risquer une nouvelle contestation sociale sur sa gauche.