La semaine d'action organisée depuis lundi dernier dans les services et les entreprises publiques aura au moins un résultat. Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, et François Chérèque, celui de la CFDT, les dirigeants des deux plus grands syndicats français (LT du 19.1.05) se sont retrouvés au départ de la manifestation de la fonction publique d'Etat et de l'Education nationale, place de la République à Paris. Ce n'est pas encore la franche amitié. Mais le signe que la politique du gouvernement a rapproché des syndicats divisés depuis la bataille de la réforme des retraites en juin 2003.

Commencée mardi en douceur avec la grève des postiers, continuée mercredi plus rudement avec celle de la SNCF dont le réseau a été pratiquement paralysé pendant vingt-quatre heures, cette semaine d'action s'est terminée hier avec la fonction publique et l'Education nationale. Une grève très suivie selon les syndicats, qui annoncent 40% de grévistes dans les services publics et 60% dans l'Education nationale. Peu suivie selon le ministre de la Fonction publique, Renaud Dutreil, puisqu'il chiffre la mobilisation à moins d'un tiers des salariés, 32,14% très exactement. Le nombre des manifestants sera sans doute évalué avec le même souci d'objectivité. On en est donc réduit à faire la part de ses propres observations.

Cette semaine d'action intervient après dix-huit mois de calme social relatif. Au cours de cette période, le gouvernement a été battu trois fois lors d'élections générales. Il a néanmoins poursuivi la même politique dans le domaine du droit du travail (en assouplissant les règles de licenciement et en se préparant à en finir dans les faits avec la loi sur les 35 heures hebdomadaires de travail). Il a pris des mesures pour équilibrer les finances de la Sécurité sociale. Et il vient de lancer une réforme de l'Education nationale. Il a enfin continué d'adapter les structures des entreprises publiques aux règles européennes et à leur ouverture à la concurrence.

Intervention du premier ministre

La question n'est pas de savoir si ce sont de bonnes ou de mauvaises décisions. Cependant, malgré des promesses de dialogue, aucune d'entre elles n'a été prise avec l'accord des syndicats. A quoi s'ajoute la distribution très chiche des augmentations de salaires pour 2005 dans la fonction publique (1% contre 5% demandés par les syndicats) alors que la croissance a repris. Un gréviste exprime ainsi son mécontentement: «En matière de régression sociale, on a atteint une limite.»

A l'heure où se rassemblaient les manifestants parisiens, le premier ministre déclarait: «Il faut mettre le dialogue social toujours au premier plan. La grève est un élément du dialogue social et il faut accepter de temps en temps les rapports de force. […] Ce qui n'est pas acceptable, c'est quand la grève devient un blocage, c'est quand le dialogue n'est plus possible, c'est quand nous sommes en situation de rupture totale du service public.» Il a ensuite précisé que le gouvernement travaille à l'établissement d'un service minimum, récusé par les syndicats qui préfèrent les accords d'entreprises à la loi.

Pour l'instant, le gouvernement ne semble vouloir ni faire de concessions, ni ouvrir de négociations sur les revendications syndicales. Le rapport de force dont parle Jean-Pierre Raffarin pourrait durer. En tout cas jusqu'à la journée d'action des syndicats unis contre l'assouplissement de la loi sur les 35 heures qui aura lieu le 5 février. En attendant, deux chiffres retiennent l'attention. Un sondage montre que 15% seulement des Français sont hostiles ou opposés aux actions menées cette semaine. Un autre indique que deux tiers d'entre eux ne souhaitent pas que Jacques Chirac brigue un troisième mandat présidentiel.