L’Allemagne a annoncé jeudi une «réorientation» complète de sa politique à l’égard de la Turquie après l’arrestation de militants des droits de l’homme par Ankara, incluant un renforcement de ses mises en garde pour les voyages dans ce pays.

«Nous devons avoir une réorientation de notre politique à l’égard de la Turquie, nous devons être plus clairs que jusqu’à présent» en disant que les violations des droits de l’homme «ne peuvent rester sans conséquences», a dit le chef de la diplomatie, Sigmar Gabriel, lors d’une conférence de presse à Berlin.

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Il faudrait s’inscrire au consulat

Dans l’immédiat, le Ministère des affaires étrangères a publié de nouvelles recommandations sur les voyages en Turquie, plus sévères que les précédentes. «Les personnes qui se rendent en Turquie pour des raisons professionnelles ou privées sont invitées à une prudence renforcée et, même pour de courts séjours, à se faire enregistrer auprès des consulats», indique le texte publié sur le site du ministère.

«Ces derniers temps, un certain nombre d’Allemands se sont vu priver de liberté pour des raisons ou pour une durée qui ne sont pas compréhensibles», ajoute-t-il, alors que neuf citoyens allemands, dont certains avec la double nationalité, sont actuellement détenus dans le pays, accusés de soutien au «terrorisme».

Des effets économiques

Cette mise en garde de Berlin pourrait avoir des conséquences économiques immédiates. L’Allemagne est le principal pourvoyeur de touristes de la Turquie, devant la Russie, et aussi l’un de ses principaux partenaires commerciaux.

Sigmar Gabriel, membre du Parti social-démocrate, a souligné que les décisions avaient été prises de concert avec la chancelière conservatrice Angela Merkel.

Objet du courroux de l’Allemagne: le maintien en détention d’un de ses ressortissants, Peter Steudtner, arrêté le 5 juillet aux côtés d’autres militants des droits de l’homme, dont la directrice d’Amnesty International pour la Turquie.

Recep Tayyip Erdogan fait «revenir en arrière la roue de l’histoire»

Sigmar Gabriel a accusé le pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan d’être en train «de faire revenir en arrière la roue de l’histoire» dans son pays avec l’objectif «de réduire au silence toutes les voix critiques».

La réorientation de la politique allemande à l’égard d’Ankara va inclure aussi un réexamen des crédits, garanties ou aides financières qu’apporte Berlin aux exportations ou aux investissements d’entreprises allemandes dans le pays, a indiqué le ministre. «Il n’est plus possible de recommander des investissements dans un pays» qui ne respecte pas l’Etat de droit, a accusé Sigmar Gabriel.

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Menace sur les fonds

Il a également indiqué que l’Allemagne allait «discuter avec ses partenaires de l’Union européenne» de l’avenir des fonds que perçoit la Turquie dans le cadre du processus de rapprochement avec l’UE.

L’UE a alloué à la Turquie de 2014 à 2020 au total quelque 4,45 milliards d’euros au titre des fonds européens dits de pré-adhésion. Ankara négocie depuis des années son adhésion au bloc, mais ces discussions sont actuellement au point mort.