nucléaire

Tensions entre Pékin et Téhéran

Après le vote de l’ONU, Téhéran exprime sa mauvaise humeur

Pas rancunier, Mahmoud Ahmadinejad? Le président iranien visitait jeudi l’Exposition universelle de Shanghai, en Chine, un pays qui votait la veille de nouvelles sanctions contre Téhéran qualifiées par l’intéressé de tout juste «bonnes pour la poubelle». A Shanghai, l’ambiance aurait dû être à la fête puisque c’était la journée de l’Iran. Simple hasard ou subtil sens de la mise en scène chinois, le pavillon iranien jouxte celui de la Corée du Nord autour d’un espace aussitôt surnommé par certains Shanghaiens «place de l’axe du mal».

Au lieu des effusions, l’heure était au malaise. De Téhéran, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Ali Akbar Salehi, s’en est violemment pris à la Chine, accusée de s’aligner sur les Etats-Unis et menacée de perdre sa place dans le monde musulman. «Le jour où elle se réveillera, il sera trop tard», a-t-il dit à l’agence de presse ISNA. L’homme dénonce une politique du «deux poids, deux mesures», soulignant le fait que la Chine défend la Corée du Nord qui a, contrairement à l’Iran, quitté le Traité de non-prolifération (TNP).

Dilemme chinois

En Chine, Mahmoud Ahmadinejad ne rencontrera aucun haut responsable. Il a par ailleurs renoncé à se rendre en Ouzbékistan, où se tient ce vendredi un sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OSC), qui veut faire contrepoids à l’OTAN en Asie centrale et à laquelle l’Iran voudrait adhérer. Le président iranien, disent les diplomates, ne voulait pas se retrouver face à face avec Dmitri Medvedev, le président russe, qui a aussi voté en faveur des sanctions contre Téhéran.

«Après tous les cadeaux octroyés à la Chine, l’Iran ne s’attendait pas à ce que Pékin s’aligne sur l’Occident», explique Thierry Kellner, chercheur associé au Brussels Institute of Contemporary China. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Iran et la première destination des hydrocarbures iraniens, devant le Japon, depuis l’an dernier. «Mais la Chine fait face à un dilemme. En termes d’image internationale, elle ne veut pas être associée à la Corée du Nord et à l’Iran. Elle doit aussi soigner ses relations avec l’Arabie saoudite et s’assurer de la stabilité du golfe Persique, dont dépend son approvisionnement énergétique.»

Pékin a toutefois réaffirmé jeudi l’importance de ses liens avec Téhéran. Comme pour la Corée du Nord, le Global Times de Pékin, dans un éditorial, demande à l’Iran de faire la preuve de sa bonne foi: «L’Iran doit convaincre le monde avec plus de détails que son programme nucléaire est à des fins pacifiques.»

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