L’est de l’Ukraine est en proie depuis 2014 à une guerre entre Kiev et des séparatistes prorusses qui a éclaté peu après l’annexion de la Crimée par Moscou et fait depuis plus de 13000 morts. Malgré ses dénégations, la Russie est considérée comme parrainant les séparatistes prorusses et est accusée de leur fournir des hommes et de l’armement.

Depuis plusieurs semaines, les Etats-Unis, l’Otan et l’Union européenne ne cessent d’exprimer leur inquiétude concernant des mouvements de troupes russes autour de l’Ukraine, craignant une éventuelle invasion. La Russie, de son côté, a plusieurs fois nié tout projet en ce sens et accusé l’Ukraine et ses alliés occidentaux de multiplier les «provocations».

Quatre réponses pour comprendre cette nouvelle étape dans la crise.

Relire: En Ukraine, la guerre de sept ans aura-t-elle lieu?

Que se passe-t-il à la frontière actuellement?

Selon le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba, la Russie a accumulé environ 115000 troupes autour de l’Ukraine, ainsi qu’en Crimée et dans les territoires sous contrôle séparatiste dans l’est du pays. Du côté russe, la porte-parole de la diplomatie Maria Zakharova, a assuré mercredi que «l’armée ukrainienne renforce ses capacités militaires, en faisant venir des équipements lourds et du personnel» dans l’Est. Selon elle, 125000 soldats soit «la moitié des forces armées ukrainiennes», se trouvent dans cette zone. Maria Zakharova a aussi accusé Kiev de saboter le processus de paix entamé en 2015 avec les séparatistes en prévoyant des exercices militaires en présence de troupes étrangères l’année prochaine, cause de «grave préoccupation» à Moscou.

Que demande l’Ukraine?

Depuis plusieurs semaines, l’Ukraine appelle ses alliés à dissuader le Kremlin de toute tentative d’invasion. Elle a demandé mercredi aux pays de l’Otan réunis à Riga un «paquet de dissuasion» contre la Russie de Vladimir Poutine. «Nous sommes confiants qu’en conjuguant nos efforts, en agissant de manière coordonnée, nous pourrons dissuader le président Poutine et l’inciter à ne pas choisir le pire des scénarios que représenterait une opération militaire», a déclaré Dmytro Kouleba à son arrivée à une réunion avec ses homologues de l’Alliance atlantique dans la capitale de la Lettonie. «Nous allons appeler les Alliés à mettre en place avec l’Ukraine un paquet de dissuasion», a-t-il ajouté, évoquant une communication claire à l’égard de Moscou, de possibles sanctions économiques et un soutien militaire renforcé à Kiev.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a également appelé mercredi à des «négociations directes» avec la Russie. «Nous ne pourrons pas arrêter la guerre sans négociations directes», a-t-il souligné, ajoutant qu’il n’avait «pas peur d’une conversation directe» avec le président russe Vladimir Poutine.

Lire aussi: Volodymyr Zelensky: «Je ne fais confiance à personne»

Que feront l’Otan… et les Etats-Unis?

«Nous restons déterminés à apporter un soutien politique et pratique à la Géorgie et à l’Ukraine», a réaffirmé le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg à l’ouverture de la session consacrée à ces deux pays qui, en première ligne face à la Russie, aspirent à devenir membres de l’Alliance atlantique. La veille, au premier jour de cette réunion, Jens Stoltenberg comme le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken avaient mis en garde d’une seule voix Moscou contre toute «agression» visant Kiev, qui aurait de «graves conséquences».

De leur côté, les Etats-Unis ont évoqué mercredi des «preuves» montrant que la Russie envisage «d’importants actes agressifs contre l’Ukraine» et ont promis de lui faire payer «un prix élevé» si elle passe à l’acte. «Nous sommes profondément préoccupés par les preuves que la Russie a fait des plans pour des actions agressives significatives contre l’Ukraine, plans (qui) incluent des efforts en vue de déstabiliser l’Ukraine de l’intérieur ainsi que des opérations militaires à grande échelle», a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken. «Nous ne savons pas si le président Poutine a pris la décision sur l’invasion. Nous savons qu’il est en train de mettre en place la capacité de le faire rapidement, s’il le décide.» Il a toutefois prévenu que toute agression de la part de Moscou aurait des «conséquences profondes et durables». «Nous avons clairement dit au Kremlin que nous riposterions, notamment par une série de mesures économiques à impact élevé que nous nous sommes retenus d’utiliser par le passé.»

Le haut diplomate américain a également souligné que les alliés de l’Otan «veillent à ce que l’Ukraine ait des moyens de se défendre». L’alliance «examinera ce qu’elle doit faire en cas d’une nouvelle agression russe, pour renforcer ses propres défenses», dans le cadre du renforcement des forces le long de son flanc oriental.

Quelle est la réaction de Moscou?

La Russie a fermement nié préparer une attaque, reproche à l’Otan d’attiser les tensions et a semblé rejeter la proposition de «négociations directes» formulées par le président ukrainien. «Il s’agit d’une guerre civile qui «ne peut être stoppée que par des négociations entre Ukrainiens», a dit à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, rencontrera jeudi son homologue américain, Antony Blinken en Suède jeudi, dans le cadre de la réunion annuelle des ministres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Cette organisation, dont le siège est à Vienne, est l'un des rares forums internationaux de dialogue dont les Etats-Unis et la Russie sont tous les deux membres.

Lire une opinion: Biélorussie et Ukraine, deux obstacles à une nouvelle Ostpolitik