Des lieutenants du chef du gouvernement ont déposé le 12 novembre au parlement un projet destiné officiellement à respecter des recommandations européennes en réduisant la durée maximale d’un procès à 6 ans, une fois tous les recours épuisés.

Mais le texte est décrié par des hommes politiques de tous bords et une écrasante proportion de magistrats. Le très modéré président du groupe Fiat, Luca Cordero di Montezemolo, créateur du centre de réflexion politique Italia Futura, a critiqué des réformes ciselées «pour faire plaisir à quelqu’un».

De nombreux magistrats ont mis en garde contre le risque d’annulation de procès importants comme la banqueroute Parmalat ou le procès Eternit (victimes de l’amiante).

Le ministre de la Justice, Angelino Alfano, a tenté de défendre le projet jeudi en soulignant que seuls 94.000 procès en cours seraient annulés en vertu de ce projet, soit 1% du total. «Cela veut dire que cette loi n’est pas vraiment nécessaire et ne servirait finalement qu’à très peu de personnes, en fait à une seule, Silvio Berlusconi», a dénoncé l’ex-juge anticorruption Antonio Di Pietro, chef du parti d’opposition Italie des valeurs.

Une pétition lancée par l’auteur de Gomorra, Roberto Saviano, pour le retrait d’un texte qui «risque de détruire la justice italienne» a recueilli plus de 230.000 signatures.

«C’est comme si l’OMS pour désengorger les hôpitaux disait que la tuberculose doit être soignée en deux ans, et que sinon on tue le patient», a ironisé Vittorio Grevi, professeur de droit à l’université de Pavie. Pour lui, certaines procédures sont trop complexes pour se terminer en six ans.

Le «procès abrégé» est, selon la presse, le fruit d’un compromis difficile entre M. Berlusconi et M. Fini, président de la Chambre des députés. Initialement, Berlusconi souhaitait, selon les médias, une loi réduisant les délais de prescription déjà raccourcis en 2005.

Depuis le rejet constitutionnel début octobre d’une loi lui assurant l’immunité pénale, deux procédures ont repris contre Berlusconi, pour fraude fiscale et pour corruption de témoin.

Selon la presse, il est obsédé par l’idée d’une condamnation qui pourrait se solder par une interdiction d’exercer sa charge. Devant les résistances persistantes de Fini, le camp Berlusconi a brandi la menace d’élections anticipées. Mais mercredi, Silvio Berlusconi a assuré n’y avoir «jamais pensé», fort du soutien de «plus de 60% des Italiens» pour mener son mandat à son terme (2013).

Reste que les tensions avec Fini, qui selon certains médias briguerait sa succession, sont palpables. «Pour Berlusconi, le parti est au service du chef et doit tout faire pour le sauver. Pour Fini, le parti fait le chef et ne doit pas être mêlé aux problèmes personnels de ce dernier», a expliqué à l’AFP Luciano Violante, ancien magistrat et ex-député du Parti démocrate (gauche, opposition).

Autre motif de tension: le marchandage pour les régionales de mars 2010, et la possibilité que la Ligue du nord (régionaliste), allié crucial de Berlusconi, obtienne la Vénétie et le Piémont. Une perspective qui «ne plaît pas du tout au courant nationaliste de Fini», selon M. Violante.