Une tentative de coup d'Etat «manquée» a eu lieu, mardi à l'aube, au Soudan, selon les médias d'Etat, tandis que le pays peine à faire aboutir sa transformation politique depuis la destitution de l'autocrate Omar el-Béchir il y a plus de deux ans. 

«Une tentative de coup d’Etat manqué, menée par un groupe d’officiers des forces armées et de civils issus de l’ancien régime (...) a été maîtrisée à l’aube», a déclaré à la télévision d’Etat le ministre de l’Information, Hamza Baloul. «Onze officiers et plusieurs soldats ayant participé au complot manqué» ont été arrêtés, a rapporté l’armée. Et Hamza Baloul a assuré que la situation était désormais «sous contrôle», alors que les médias d’Etat diffusaient des chants patriotiques en boucle.

Chef de l’armée et du Conseil souverain, Abdel Fattah al-Burhane s’est lui rendu au campement militaire al-Shajara (sud de la capitale), soupçonné d’avoir été le point de départ de la fronde. «Si elle avait abouti, cette tentative aurait eu des conséquences destructrices pour l’armée, les forces régulières et le pays», a-t-il déclaré, s’adressant aux soldats.

Des responsables ont assuré que les auteurs du «complot» voulaient prendre le contrôle du bâtiment des médias d’Etat. «Toutes les positions dont s’étaient emparés les putschistes» ont été «reprises», selon l’armée.

Les auteurs du complot «ont bien préparé» leur projet, a souligné le premier ministre Abdallah Hamdok dans un discours télévisé. Il a mentionné «la détérioration de la sécurité (...) le blocage de routes, la fermeture de ports et l’incitation continue contre le gouvernement civil», alors que des protestataires bloquent depuis vendredi les infrastructures de Port-Soudan, poumon économique du pays, pour dénoncer un récent accord de paix avec des rebelles.

Une tentative condamnée

Cette tentative de coup d’Etat a été condamnée par le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres qui a mis en garde contre tout ce qui saperait la «transition politique».

Pour sa part, le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a encouragé tous les acteurs à «se tenir fermement aux côtés des autorités légales de la transition».

Les Etats-Unis ont dénoncé les «actes anti-démocratiques» et mettant en garde contre «toute ingérence extérieure pour semer la désinformation ou saper la volonté des Soudanais». Dans un communiqué, le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price a apporté son soutien à la «transition démocratique» en cours.

La Troïka (Etats-Unis, Grande-Bretagne et Norvège), à la manoeuvre sur le dossier soudanais, a condamné la tentative de coup d’Etat tandis que la mission de l’ONU au Soudan a refusé «tout appel à remplacer le pouvoir de transition par un pouvoir militaire».

Une transition qui se fait attendre

La tentative de coup d'Etat visait le gouvernement de transition soudanais formé après l'éviction en avril 2019 de l'autocrate Omar el-Béchir, renversé après 30 ans de règne sans partage.

En place depuis plus de deux ans, le cabinet civilo-militaire, né d'un accord historique avec les factions politiques à la pointe de la mobilisation populaire contre Omar el-Béchir, est censé emmener le Soudan vers un pouvoir entièrement civil. Mais jusqu'à présent, les militaires ont toujours la haute main, tandis que les civils peinent à s'imposer.

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Outre cette concurrence au cœur du pouvoir, le Soudan a rencontré de nombreuses embûches dans sa tentative de transformation politique, caractérisée par de graves difficultés économiques et des divisions politiques profondes. Ces derniers mois, le gouvernement a entrepris une série de réformes économiques difficiles pour pouvoir bénéficier d'un programme d'allègement de la dette du Fonds monétaire international (FMI).

Ces mesures comprenant la réduction des subventions et l'instauration d'un flottement contrôlé de la monnaie locale ont été jugées trop sévères par de nombreux Soudanais. Des manifestations sporadiques ont récemment eu lieu dans tout le pays pour protester contre les mesures soutenues par le FMI et l'augmentation du coût de la vie.

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