Turquie

La tentative de coup d'Etat de soldats rebelles en Turquie semble matée

Recep Tayyip Erdogan assure que l'ordre est restauré. Des soldats rebelles se rendent. Le bilan provisoire fait état d'au moins 60 morts, dont des civils, et 1563 arrestations de militaires

La tentative de coup d'Etat militaire semble avoir échoué cette nuit en Turquie, où des milliers de personnes ont répondu à l'appel du président Recep Tayyip Erdogan, qui les a invitées à descendre dans les rues. Les combats ont fait au moins 60 morts, dont de nombreux civils.

Toutefois, ce samedi matin, la situation dans ce grand pays de 80 millions d'habitants, membre-clé de l'OTAN, reste confuse, huit heures après l'annonce de la tentative de coup d'Etat. Des coups de feu sporadiques sont toujours audibles au petit matin dans plusieurs quartiers d'Ankara et d'Istanbul, après une nuit marquée par des explosions causées, selon les médias, par des bombardements aériens.

La population soutient Erdogan

Le chef de l'Etat, qui était en vacances sur la côte, est arrivé à l'aube à l'aéroport d'Istanbul, où ses partisans étaient venus l'accueillir en nombre. «L'acte de trahison» commis par les putschistes justifie «le nettoyage» de l'armée, a-t-il déclaré.

1563 arrestations de militaires rebelles

Mettant en cause l'opposant Fetullah Gülen, un imam qu'il accuse de longue date de noyauter les instances judiciaires et militaires pour le renverser, le président a ajouté que les arrestations suivaient leur cours. 1563 personnes, pour la plupart des militaires, ont été appréhendées par les forces de sécurité turques, a indiqué un responsable turc.

Condamnation du putsch par l'ennemi juré d'Erdogan

Le prédicateur Fethullah Gülen, 75 ans, ennemi juré du président turc Recep Tayyip Erdogan, a condamné «dans les termes les plus forts» la tentative de coup d'Etat, depuis les Etats-Unis où il réside.

«J'ai souffert de plusieurs coups d'Etat militaires au cours des 50 dernières années et trouve donc particulièrement insultant d'être accusé d'avoir un quelconque lien avec cette tentative. Je réfute catégoriquement ces accusations», indique-t-il dans un communiqué.

«Je condamne la tentative de coup d'Etat militaire en Turquie dans les termes les plus forts. L'avènement d'un gouvernement ne doit se faire qu'à l'issue d'un processus électoral libre et juste», écrit-il encore.

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Des putschistes se sont rendus

La tentative de coup d'Etat a débuté vendredi soir avec l'arrivée d'hélicoptères et d'avions de chasse dans le ciel d'Ankara, tandis qu'à Istanbul, des militaires fermaient l'accès aux deux ponts qui enjambent le Bosphore. Coups de feu et explosions ont ensuite retenti.

A l'aube, une centaine de putschistes se sont rendus à la police, à Istanbul. Selon un membre de l'administration, treize soldats qui cherchaient à pénétrer dans le palais présidentiel ont également été arrêtés.

Samedi matin, des élus étaient toujours retranchés dans le Parlement à Ankara, sur lequel des chars ont ouvert le feu. Selon l'un d'eux, le bâtiment a été touché par trois tirs, qui ont fait plusieurs blessés.

D'après un officier, l'aviation a abattu un hélicoptère utilisé par les putschistes à Ankara et l'agence de presse Anatolie fait état de 17 policiers tués dans l'attaque de leurs locaux, toujours dans la capitale. D'autres appareils pris par les rebelles continuaient en outre à tirer et des avions ont été dépêchés pour les intercepter, selon le premier ministre Binali Yildirim.

Trafic aérien suspendu

Le trafic aérien a été momentanément interrompu dans tous les aéroports et les réseaux sociaux étaient inaccessibles. Des militaires ont fait irruption au siège de la TRT, la télévision publique, dont un présentateur a lu un communiqué accusant le gouvernement de porter atteinte à la démocratie et à la laïcité.

Dans la soirée, les putschistes semblaient en position de force. Un haut responsable européen ayant requis l'anonymat a ainsi parlé d'un coup d'Etat «relativement bien orchestré, mené par une partie importante de l'armée, pas seulement quelques colonels».

«Ils ont le contrôle des aéroports et devraient prendre le celui de la télévision sous peu. Ils tiennent plusieurs points stratégiques d'Istanbul. Etant donné l'ampleur des opérations, on a peine à croire qu'ils puissent échouer», a-t-il ajouté.

«Il ne s'agit clairement pas d'un putsch de pacotille», a renchéri un autre diplomate européen qui dînait avec l'ambassadeur turc.

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