Deux colis postés du Yémen et destinés à des centres religieux juifs de Chicago ont été interceptés vendredi lors d’escales à Dubaï et en Angleterre, déclenchant une nouvelle alerte ce week-end contre de possibles attaques terroristes contre les Etats-Unis. Les colis piégés contenaient chacun une imprimante dans laquelle était dissimulé un puissant explosif composé d’un mélange de pentrite et de plomb. Embarqués sur des avions cargo au départ de Sanaa, ils auraient pu faire exploser les avions en vol (voir ci-contre infographie de l’itinéraire), comme le suggèrent les services de sécurité britanniques, ou provoquer un carnage une fois livrés à leur cible sur sol américain, comme l’expliquait une source américaine dimanche.

Ce sont les services secrets saoudiens qui ont donné l’alerte jeudi et permis l’interception, le lendemain, des engins explosifs par les polices britanniques et de Dubaï. Depuis qu’il a été lui-même la cible d’un attentat manqué de la part de la branche d’Al-Qaida pour la Péninsule arabique (AQPA), basée au Yémen, le prince Muhammad ben Nayyef, chef des renseignements de l’Arabie saoudite, se montre particulièrement coopératif avec les services secrets des Etats-Unis et des Etats européens. C’est relativement nouveau pour un pays qui a vu naître sur son sol Oussama ben Laden et quinze des dix-neuf auteurs des attaques terroristes du 11 septembre 2001.

Dimanche, les services de police du Yémen étaient toujours à la recherche de suspects. Mais Washington a très vite pointé du doigt un premier accusé: Ibrahim Hassan al-Asiri. Ce «suspect clé», comme le décrit à l’AFP un responsable américain de l’antiterrorisme basé à Sanaa, est un Saoudien de 28 ans considéré comme l’artificier d’Al-Qaida réfugié au Yémen. On lui attribue la conception de la bombe à la pentrite placée dans le slip de Farouk Abdulmutallab, le jeune Nigérian auteur de l’attaque manquée de Noël. C’est encore lui qui aurait organisé, l’an dernier, l’attaque-suicide par son frère contre le prince Muhammad ben Nayyef.

Dans l’immédiat, les autorités yéménites ont procédé à l’arrestation d’une étudiante en ingénierie informatique de 22 ans. Selon les services américains, elle est «suspectée d’avoir envoyé les bombes dans des colis», et son numéro de téléphone portable figurait sur les bordereaux des paquets piégés. Une piste sérieuse? Dimanche, 500 étudiants de la Faculté de génie de l’Université de Sanaa ont défilé sur le campus en scandant: «Où est la justice, où est la sécurité? Libérez Hanane.» Un groupe yéménite de défense des droits de l’homme a pour sa part mis en doute la culpabilité de cette femme arrêtée en même temps que sa mère. «Nous savons très bien qu’Al-Qaida ne laisse jamais de traces, a déclaré son avocat. Ses proches parlent d’une étudiante tranquille sans lien avec des groupes politiques ou religieux. Je crains qu’elle ne soit une victime.» Dimanche soir on apprenait toutefois que la jeune femme, ainsi que sa mère, avaient été libérées.

Une certaine confusion régnait ce week-end sur l’exacte nature des vols et des compagnies aériennes ayant transporté les colis. Les autorités yéménites ont fermé samedi les bureaux des compagnies de fret américaines FedEx et UPS à Sanaa. La première acheminait le colis de Dubaï, la seconde celui de Grande-Bretagne. C’est Qatar Airways qui assurait le vol du premier colis, d’abord de Sanaa à Doha, puis de Doha à Dubaï, à bord d’un avion de ligne. L’explosif à base de pentrite est très difficile à détecter par les appareils courants, et seules les informations des renseignements saoudiens ont permis une interception. Washington et Londres ont annoncé un renforcement des mesures de contrôle sur les vols transitant par leur territoire.