Le mouvement de salariés d'Amazon pour créer un syndicat dans un entrepôt de l'Alabama s'est soldé par un échec dans les urnes vendredi. Cela aurait été une première pour le groupe aux Etats-Unis. Sur les 3215 bulletins reçus de l'entrepôt de Bessemer, 1798 étaient contre la syndicalisation contre 738 en faveur du RWDSU, le syndicat national de la distribution que des employés voulaient rejoindre. Plusieurs centaines de bulletins étaient contestés ou jugés non valables, mais le camp du «non» est d'ores et déjà assuré d'obtenir la majorité des suffrages. Ce résultat marque une victoire nette pour le géant du commerce en ligne.

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«La représentation syndicale est un choix pour les salariés, mais beaucoup d'entre eux ont clairement préféré les opportunités d'un marché du travail offrant de bons salaires et des bénéfices au caractère anonyme d'une convention collective», a réagi David French de la fédération nationale de la distribution, représentant les professionnels du commerce de détail.

«Tromperies et mensonges»

Interrompu jeudi soir, le décompte des voix, supervisé par le National Labor Relations Board (NLRB), l'agence fédérale en charge du droit du travail, s'est achevé vendredi matin à Birmingham, la capitale de l'Alabama, Etat conservateur et pauvre du sud des Etats-Unis. «Amazon n'a ménagé aucun effort pour rendre fou ses propres employés», a réagi Stuart Appelbaum, le président du RWDSU. «Nous ne laisserons pas Amazon s'en tirer à si bon compte avec leurs mensonges, leurs tromperies et leurs activités illégales», a-t-il ajouté. Le syndicat a annoncé qu'il allait porter plainte auprès du NLRB «contre toutes les actions scandaleusement et ouvertement illégales menées par Amazon lors du vote de syndicalisation». Le syndicat avait remporté une première victoire l'année dernière, en réunissant suffisamment de signatures pour organiser un vote.

Affrontement en ligne

Le mouvement de Bessemer a ensuite pris une dimension nationale. Il a vu s'opposer les soutiens aux employés syndicalistes - des artistes, des parlementaires démocrates et républicains, et même le président Joe Biden - et Amazon, dont les affaires ont prospéré pendant la pandémie. Le groupe de Seattle et le RWDSU se sont affrontés en ligne. Sur le terrain, Amazon a fait valoir ses arguments contre la syndicalisation à coup de textos, d'affiches et de réunions d'information hebdomadaires dans l'entrepôt depuis des mois, tandis que les syndicalistes démarchaient les employés à l'entrée de l'entrepôt jour et nuit.

Cadences infernales

Les salariés pro-syndicats se plaignent de cadences infernales, du manque de temps pour aller aux toilettes ou pour manger, du manque de protections en matière de sécurité (notamment contre le Covid-19) et de salaires insuffisants par rapport au travail demandé.

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De son côté, Amazon s'est défendu en rappelant que les salaires démarrent à 15 dollars de l'heure (plus du double du salaire minimum dans l'Alabama) et qu'il fournit des avantages sociaux, comme la couverture santé. Le groupe assure que ses employés disposent des pauses nécessaires. Amazon, deuxième plus important employeur aux Etats-Unis avec 800'000 salariés, est régulièrement critiqué sur le front des responsabilités sociales et environnementales par des associations et certains de ses employés.

«Un jalon»

Malgré la défaite dans les urnes, Darrell West, expert à la Brookings Institution, estime que «le vote d'Amazon est un jalon majeur pour le mouvement syndical aux Etats-Unis, car il s'agit d'une des premières tentatives de syndicaliser une partie de l'économie numérique.» Début janvier, des salariés de Google ont annoncé la création d'un syndicat après des divergences avec leurs dirigeants autour du licenciement de chercheuses travaillant sur les questions d'éthique liées à l'intelligence artificielle.

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