«Terre des dieux», «région mystérieuse», «nature magique». En apparence, le regard des magazines et revues de voyages chinois diffère peu de la prose consacrée au Tibet en Occident: la fascination pour un «paradis perdu» est au cœur des représentations de cette «région autonome» si mal connue de la population chinoise. Depuis quelques années, le Tibet (Xizang) est à la mode parmi la nouvelle classe moyenne avide de découvertes et d'exotisme.

Il n'est plus un artiste ou une vedette de cinéma qui n'ait fait son pèlerinage tibétain. Le mobilier, la musique, l'habillement du Tibet et même la religion tibétaine attirent la jeunesse hypermatérialiste des mégapoles. Contrairement au langage de la propagande, on ne parle plus de «population retardée» mais de plus en plus de peuple ayant su préserver ses traditions, chose positive dans un monde en perte de sens.

La comparaison avec l'Occident s'arrête là. Car, en Chine, il n'est jamais question d'une «occupation» du Tibet mais d'une «libération» d'un territoire temporairement arraché à la Chine après des siècles de vie commune. Formatés par la version de l'histoire du pouvoir, les Chinois dans leur intégralité – à de très rares exceptions – souscrivent à cette analyse et refusent de voir un «problème tibétain».

L'ouverture de la ligne de chemin de fer vers Lhassa coïncide toutefois avec la publication de nombreux reportages qui détonnent parfois avec la version officielle d'«harmonie ethnique» et d'«unité nationale». Sous la plume de quelques journalistes, on découvre un Tibet plus réaliste, sans misérabilisme ni folklorisme, mais confronté à des problèmes économiques et sujet à des difficultés de relation interethnique.

Ainsi, le reporter de l'hebdomadaire Sanlian Shenghuo exprimait récemment dans un long récit son incapacité de communiquer avec les Tibétains lors d'un passage dans les monts Tanggula. Plus surprenant, en fin d'article, il évoquait le «désordre» du Tibet oriental dès 1956 qui dégénéra en champ de combat généralisé à partir de 1959 au lieu de s'en tenir à la version officielle de troubles limités fomentés par la «clique du dalaï-lama».