Moscou a été frappée au cœur: les deux explosions, survenues en pleine heure de pointe du lundi matin dans deux stations de la ligne la plus fréquentée du métro de la capitale, ont fait 38 victimes selon le dernier bilan publié par le Ministère des situations d’urgence, tandis qu’une soixantaine de personnes ont été blessées, la plupart dans un état grave.

Ironiquement – ou volontairement – la première déflagration a eu lieu à la station de métro Loubianka, à quelques mètres à peine du quartier général du FSB (Service fédéral de sécurité, ex-KGB). Quarante minutes plus tard, à 8h30, heure locale, la seconde explosion a touché la station Park Koultouri, au sud de la capitale russe, sur la ligne «rouge» du métro, la plus vieille ligne du réseau qui traverse la ville du nord au sud.

Les images prises par téléphone portable illustrent la violence des explosions. Des voyageurs hagards sortent des stations, ensanglantés, tandis que les secours s’organisent. Par ambulance et par hélicoptère, les blessés sont acheminés vers une dizaine d’hôpitaux.

Quelques heures après les deux explosions, les inspecteurs russes ont dévoilé certains éléments d’enquête: deux femmes auraient actionné des engins explosifs artisanaux, équivalant à 3 ou 4 kilos de TNT. Des pièces de métal auraient été ajoutées pour amplifier les dégâts. Selon la police, l’hypothèse d’un attentat «organisé par des groupes terroristes originaires du Caucase du Nord est la piste la plus plausible». Les vidéos de surveillance récupérées par les enquêteurs indiqueraient que les deux femmes, très jeunes et au physique «caucasien», étaient accompagnées de deux complices.

Le président Dmitri Medvedev a indiqué vouloir lutter «jusqu’à la fin contre la terreur». Le premier ministre Vladimir Poutine, en déplacement en province, est rentré d’urgence à Moscou. Dans son style militaire habituel, il a promis «de trouver et de punir les criminels, et d’éliminer les terroristes». L’ensemble de la communauté internationale a condamné l’acte terroriste perpétré dans le métro moscovite.

Après l’attaque contre le train rapide Nevski Express en novembre dernier, la Russie connaîtrait-elle à nouveau une période d’intense activité terroriste? A l’époque des guerres de Tchétchénie, le métro moscovite avait déjà été la cible d’attaques terroristes. Le dernier, en 2004, avait causé la mort d’une quarantaine de personnes. La guerre de Tchétchénie est officiellement terminée depuis avril 2009, mais la rébellion tchétchène reste active, et avait revendiqué l’attentat contre le Nevski. Pour le moment, aucune revendication n’a été faite suite aux explosions du métro de Moscou.

A une semaine des grands congés de la Pâques orthodoxe, cette attaque contre la capitale russe sonne comme un désaveu pour la politique de Dmitri Medvedev qui, se présentant volontiers comme réformateur, se voulait l’ambassadeur d’une autre approche pour résoudre l’instabilité chronique qui touche le Caucase russe. La nomination fin janvier d’un gouverneur pour la région, Alexandre Khloponine, qui n’était pas issu des siloviki, ces hommes des ministères de force (défense, intérieur), devait marquer le début d’une nouvelle stratégie axée davantage sur le développement économique que sur la répression des forces rebelles.

Le double attentat à Mocou fragilise également Vladimir Poutine, dont la «stabilité» est le maître mot de son système. Lors de son intervention peu après les explosions d’hier, il n’a pu qu’exhorter l’administration russe à développer davantage les méthodes de surveillance et les contrôles dans les gares et les stations de métro.

Hier après-midi, aux abords de la station de métro Paveletskaïa, au sud du centre-ville de Moscou, la situation semblait parfaitement normale. Les voyageurs utilisaient le métro en grand nombre, les quais étaient bondés; seul un panneau électronique indiquait que la ligne rouge était fermée, «pour des raisons techniques».

Lioudmila, elle, ne compte pas remplacer le métro par le bus ou le tramway. «Notre génération a tout vécu, elle a souffert. Je n’ai pas peur pour moi, mais j’ai peur pour les enfants: ils vont passer toute leur vie dans un monde de violence», ajoute, avec un fatalisme bien russe, cette grand-mère de 60 ans.