Emmanuel Macron avait promis des «mesures fortes» pour endiguer la seconde vague épidémique actuellement à l’assaut de la France. A l’issue du Conseil de défense tenu vendredi, c’est plutôt une digue que le gouvernement s’évertue à mettre en place, alors que près de 10 000 cas (9843) de Covid-19 ont été enregistrés ces dernières 24 heures dans l’Hexagone. Le reconfinement généralisé est «écarté». La quarantaine dès les premiers symptômes est ramenée à sept jours contre quatorze, mais elle sera plus contraignante. Et 42 départements (sur 101) sont classés «rouges» en raison de la forte circulation du virus.


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C’est avec cet arrière-plan sanitaire en tête que les autorités françaises ont appris la décision de la Suisse de placer neuf régions françaises (Centre-Val de Loire, Corse, Hauts-de-France, Ile de France, Normandie, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Pays de la Loire, Provence-Alpes-Côte d’Azur) sur treize sur sa «liste rouge», entraînant la mise en quarantaine pour dix jours des visiteurs en provenance de celles-ci. Colère? Incompréhension? Non, dans l’immédiat. «On ne peut pas d’un côté déplorer l’aggravation de la situation sanitaire, et de l’autre refuser que nos voisins en tirent les conséquences. Ils sont pragmatiques», juge un conseiller du ministre de la Santé Olivier Véran.

S’exprimant à l’hôtel Matignon, où il a suivi à distance le séminaire élyséen – étant un «cas contact» depuis sa proximité, samedi dernier, avec le directeur du Tour de France cycliste, testé positif –, le premier ministre Jean Castex a estimé qu’il ne fallait pas «mettre entre parenthèses notre vie sociale, économique et culturelle». La décision suisse d’exempter de liste rouge les régions frontalières (Rhône-Alpes-Auvergne; Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté) pour des raisons économiques liées aux flux de travailleurs est donc aussi jugée logique. Sauf que la cohérence sanitaire n’est pas au rendez-vous: selon Santé publique France, le nombre de cas d’infection au coronavirus en Auvergne-Rhône-Alpes et le taux d’incidence ont encore fortement augmenté (+42%) cette semaine. Seul le département de Haute-Savoie est préservé, alors que plusieurs autres dépassent le seuil d’alerte de 50/100 000: l’Ain, l’Isère, la Loire et le Puy-de-Dôme. Le «pragmatisme» a un prix.