Sultan Munadi travaillait comme interprète avec le journaliste du New York Times Stephen Farrell. Les deux hommes avaient été enlevés par les talibans samedi dernier tandis qu’ils enquêtaient sur le raid aérien de l’OTAN qui a tué un nombre indéterminé de civils à Kunduz. Mercredi, un commando a libéré Stephen Farrell, mais Sultan Munadi, 34 ans, a été tué dans l’opération, fauché par balles, ainsi que deux civils, selon des sources non confirmées.

Le jeune interprète afghan préparait une licence en administration publique en Allemagne. Quelques jours avant sa mort, le New York Times publiait un texte de lui qui dit la difficulté de l’exil, les souffrances passées de son pays, mais aussi l’espoir que la situation s’améliore. Le voici:

«J’ai grandi dans la vallée du Panchir, dans un endroit situé à trois heures de marche de la route la plus proche. Nous n’avons pas de métaux là-bas, pas de ciment, c’est un endroit complètement naturel.

J’y ai grandi, puis je suis allé étudier en Allemagne. Là, j’ai vu du béton partout, beaucoup de verre, de l’asphalte et plein de matières artificielles. Cela me causait de la dépression, de l’ennui. Je rêvais de poussière, des paysages, des montagnes. C’était dur de m’éloigner pendant deux ans, et je suis content d’y retourner pour quelque temps.

Si j’étais un adolescent, ce serait probablement plus facile de m’intégrer dans la société allemande. Mais à 34 ans, il m’est difficile de rester loin de mon pays. Je ne voudrais pas quitter l’Afghanistan. J’ai vécu ses années les plus sombres, quand il y avait la guerre et l’insécurité. J’avais quatre ou cinq ans quand nous avons fui notre village et que nous nous sommes cachés dans les grottes des montagnes pour fuir les bombardements soviétiques. J’ai traversé cette époque, et aussi celle où les talibans m’empêchaient de me rendre à Kaboul, dans mon propre pays. Cétait comme une prison.

Ces temps sont révolus. Maintenant, j’espère que la situation va s’améliorer. Si je pars, si d’autres dans ma situation font de même, qui viendra en Afghanistan? Seront-ce les talibans qui le dirigeront? C’est pourquoi je veux revenir, même si je dois balayer les rues de Kaboul. Ce serait un meilleur job pour moi que de travailler, par exemple, dans un restaurant en Allemagne.

Etre journaliste ne suffit pas. Cela ne résoudra pas les problèmes de l’Afghanistan. Je veux travailler pour l’éducation, parce que la majorité des gens sont illettrés. C’est le problème principal qu’affrontent beaucoup d’Afghans. Je veux vraiment m’engager et revenir travailler pour mon pays.»