Le trafic ferroviaire et routier entre la France et la Suisse va, sur le papier, être considérablement modifié. L’obligation de présenter un test PCR négatif pour tous les voyageurs, y compris les passagers des trains et ceux des véhicules, s’applique depuis samedi minuit avec, pour seule exception, celle accordée aux frontaliers et aux résidents dans un rayon de 30 kilomètres autour des frontières.

Le texte diffusé par les préfectures des départements français limitrophes de la Suisse est clair: «Pour tous les modes de déplacements désormais (arrivée par voie routière, ferroviaire, aérienne ou maritime), il est nécessaire de disposer du résultat négatif d’un examen biologique de dépistage virologique «RT-PCR COVID» datant de moins de 72 heures avant le départ. Sont exemptés de cette obligation: – les transporteurs routiers; – les travailleurs frontaliers; – les résidents des bassins de vie frontaliers dans un rayon de 30 km autour de leur domicile. Lors des contrôles qui seront opérés par les forces de sécurité, les travailleurs frontaliers ainsi que les résidents des bassins de vie, outre d’une pièce d’identité, devront se munir d’une attestation de leur employeur et d’une attestation justifiant de leur domicile.»

La circulaire exempte aussi de cette obligation les transporteurs routiers.

Les passagers astreints à la présentation d’un test PCR négatif devront en outre présenter une déclaration sur l’honneur attestant: 1. qu’ils ne présentent pas de symptôme d’infection au Covid-19; 2. qu’ils n’ont pas connaissance d’avoir été en contact avec un cas confirmé de Covid-19 dans les quatorze jours précédant le voyage.

Sur le reste du territoire français, le couvre-feu renforcé est désormais en vigueur. Explications.

Un couvre-feu «renforcé» en France, cela veut dire quoi?

L’effet de surprise a fonctionné. En convoquant sans l’avoir préalablement annoncé un conseil de défense sanitaire en soirée, vendredi 29 janvier, Emmanuel Macron a réussi à couper court aux rumeurs qui empoisonnaient, depuis le début de la semaine, le débat politico-sanitaire français. Le président, pressé par les experts scientifiques de confiner de nouveau strictement le pays, a choisi l’option de la résilience, malgré la progression des cas de contamination (22 858 nouveaux cas vendredi, pour un total de 27 000 personnes hospitalisées et de plus de 3000 patients en réanimation).

Le couvre-feu de 18 heures à 6 heures du matin était déjà en vigueur sur tout le territoire français depuis samedi 16 janvier. Il était auparavant différencié selon les départements, en fonction du taux d’incidence du coronavirus. Cette mesure, tout le monde peut le constater, a plutôt fonctionné du côté des commerçants et des piétons, sachant que les restaurants et cafés sont fermés depuis la fin octobre. Les grandes villes françaises, à commencer par Paris, sont depuis lors très vides à partir du début de soirée. Difficile, en revanche, d’avoir ce même sentiment d’efficacité lorsqu’on regarde les axes routiers et l’afflux d’automobilistes autour des métropoles à des heures encore tardives, même si les passagers, isolés dans leurs véhicules, ne sont pas en contact.

Un couvre-feu «renforcé» signifie donc en théorie davantage de contrôles avec amendes de 135 euros à la clé. La mesure la plus significative, en ces semaines de vacances scolaires du 6 février au début mars (selon les académies), est en revanche la fermeture des centres commerciaux non alimentaires de plus de 20 000 mètres carrés à partir de ce samedi soir. Et ce, en pleine période des soldes d’hiver! 396 hypermarchés sont concernés à travers la France. Il s’agit évidemment d’éviter la foule, mais aussi d’aider les commerces des centres-villes de plus en plus désertés. Eux resteront ouverts. Attention enfin: le renforcement du couvre-feu reste une mesure provisoire. «La question d’un confinement se pose légitimement, mais nous en connaissons l’impact très lourd pour les Français, a expliqué le premier ministre Jean Castex à l’issue du conseil de défense sanitaire convoqué par surprise. Nous pouvons encore nous donner une chance de l’éviter. Notre devoir est de tout mettre en œuvre pour éviter un prochain confinement.»

Des tests PCR aux frontières exigés pour tous les arrivants. Possible?

Pour les déplacements entre la France et ses voisins, dont la Suisse, la question est cruciale.

Du côté officiel, la consigne est claire: seuls les frontaliers sont désormais exemptés de tests, comme l’a indiqué Jean Castex, selon lequel «toute entrée en France à partir d’un pays de l’UE sera conditionnée, à compter de dimanche 0h, à la réalisation d’un test PCR au plus tard 72 heures avant le départ, à l’exception des travailleurs transfrontaliers». L’obligation d’avoir sur soi un test négatif si vous n’êtes pas frontalier est donc entrée en vigueur. En cas de non-présentation de ce test lors d’un contrôle, une amende est infligée.

A Berne, l’ambassade de France en Suisse l’a confirmé via un message sur son site web ce samedi 30 janvier: «Tout voyageur de 11 ans ou plus souhaitant venir en France en provenance d’un pays de l’espace européen (Union européenne, Andorre, Islande, Liechtenstein, Monaco, Norvège, Saint-Marin, Saint-Siège et Suisse) a l’obligation de présenter le résultat d’un examen biologique de dépistage virologique (RT-PCR) ne concluant pas à une contamination par le Covid-19 réalisé 72 heures avant le départ. Les travailleurs frontaliers ne sont pas concernés par cette mesure.»

Exiger ces tests est toutefois une chose. En assurer le contrôle et en gérer les conséquences (refus éventuel de passagers, amendes de 135 euros…) en est une autre. Pour l’heure, il paraît difficile d’inspecter tous les véhicules présumés «non frontaliers», et tous les trains en provenance d’autres pays de l’Union européenne ou de l’espace Schengen. Une mesure jusque-là évitée, en raison des difficultés logistiques, au moment où les forces de l’ordre devront davantage quadriller le territoire pour s’assurer que le couvre-feu est respecté… Cela contrairement au trafic aérien où la présentation d’un test PCR négatif dans les deux sens (à l’entrée en France et en Suisse) est désormais requise. Celui-ci est en général exigé dès la descente de l’avion.

L’annonce de Jean Castex devrait en revanche entraîner une réduction des dessertes sur les réseaux Thalys (entre la France, la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne – une majorité des trains a déjà été annulée), Lyria (France-Suisse) ou pour les trains à destination du Luxembourg, de l’Espagne et de l’Italie. Mais attention: «Des mesures plus strictes peuvent intervenir à tout moment», prévient-on au Ministère de la santé, où l’on s’appuie sur le dernier décret publié au Journal officiel. Il ne faut pas oublier non plus l’effet de l’annonce gouvernementale sur l’opinion: son but est de décourager les voyages. Surtout ceux hors de l’UE: «Toute entrée en France et toute sortie de notre territoire à destination ou en provenance d’un pays extérieur à l’Union européenne sera interdite, sauf motif impérieux», a asséné Jean Castex. La frontière belge est par exemple fermée aux «touristes», dans les deux sens, pour l’heure jusqu’au 1er mars.

Point additionnel important: même si le test PCR négatif n’est pas exigé sur la route ou dans les gares en provenance de l’étranger, tous les voyageurs entrant en France sont normalement tenus de s’engager sur l’honneur à se placer à l’isolement pendant sept jours. Ce qui suppose de déclarer son lieu d’hébergement. Mais là aussi, comment? Et auprès de qui? Des clarifications devraient intervenir dans les prochains jours.

Collaboration: Christian Lecomte