La promesse a été tenue… en théorie. Chaque semaine, comme l’avait annoncé le 27 août le premier ministre Jean Castex, 1 million de tests au Covid-19 sont effectués sur le territoire français où la circulation du coronavirus continue d’augmenter.

Samedi 19 septembre, les chiffres de Santé publique France, l’agence chargée de coordonner les statistiques, faisaient état de 26 morts en 24 heures et de 13 498 nouveaux cas, contre 7000 nouveaux cas quotidiens de personnes infectées le week-end dernier et environ 10 000 en milieu de semaine. Depuis le début de la pandémie, 31 274 malades du Covid-19 sont décédés en France.

Des chiffres qui alimentent l’inquiétude générale et l’afflux vers les laboratoires pour y obtenir un test PCR, entièrement remboursé par la Sécurité sociale. Au point que le système de tests frôle désormais la saturation. «Nous sommes incontestablement dans une situation difficile à contrôler», a confirmé vendredi, devant la presse étrangère, le patron des Hôpitaux de Paris Martin Hirsch. La question est simple: comment aller plus vite pour isoler davantage les personnes symptomatiques et les cas contacts qui les ont croisées?» L’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France a confirmé, pour tenter d’y remédier, l’ouverture d’ici fin septembre de 20 centres de dépistage du Covid-19. Ceux-ci pourront réaliser jusqu’à 10 000 prélèvements par jour afin de désengorger des laboratoires dépassés par la demande. Ces centres, capables d’effectuer «a minima» 500 tests par jour resteront ouverts «jusqu’à la fin de la période hivernale». Ils seront «répartis sur les huit départements franciliens»

D’un extrême à l’autre

L’originalité de la situation française est que le pays est passé, en trois mois, d’un extrême à l’autre. Jusqu’en mai, alors que le déconfinement commençait (alors dirigé… par un certain Jean Castex, nommé par le premier ministre Edouard Philippe qu’il a remplacé quelques semaines plus tard), la France a manqué cruellement de tests PCR. L’objectif annoncé de 700 000 tests pour le 11 mai, début du retour progressif à la normale, n’avait finalement été atteint qu’au début du mois d'août. «Au début du déconfinement, la capacité française en termes de tests virologiques était d’environ 300 000 tests hebdomadaires», a confirmé dans un récent communiqué le syndicat des biologistes. La progression, depuis, a donc été très forte.

Mais l’annonce, le 26 juillet, d’un remboursement intégral de ces derniers par l’assurance maladie puis l’ouverture simultanée aux patients sans ordonnance médicale ont fait «exploser» le compteur: plus de 1,2 million de tests PCR ont été réalisés la semaine dernière. La barre du million a été franchie à la fin août. Avec un problème: la recrudescence dans les files d’attente des laboratoires de patients non symptomatiques. «L’ouverture des tests à grande échelle a eu pour conséquence un embouteillage, notamment dans certaines grandes villes, là où le virus circule beaucoup», a reconnu jeudi 17 septembre le ministre de la Santé Olivier Véran.

Coût des tests à grande échelle

Que faire alors que se profile une autre difficulté: le coût de ce remboursement intégral des tests PCR, évalué par l’assurance maladie à 2 milliards d’euros en fin d’année? Il faut savoir qu’en France, depuis le 28 mai et jusqu’au 10 janvier 2021, la Sécurité sociale prend en charge les soins suivants: tests virologiques (73,59 euros remboursés aux laboratoires, alors que le coût est d'environ 50 euros en Allemagne), tests sérologiques de recherche des anticorps au virus SARS-CoV-2 avec une ordonnance; actes et prestations effectués dans les centres ambulatoires dédiés au Covid-19; consultation réalisée à la suite du dépistage positif de l’assuré infecté et consultation de contact tracing.

La première option est d’établir des priorités dans les labos, qui doivent depuis la semaine dernière faire passer en premier les patients symptomatiques, envoyés par leurs médecins, les soignants, les aides à domicile et les cas contacts. La seconde est de mettre à disposition d’autres tests plus rapides, réservés plutôt aux asymptomatiques. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris s’est dotée de tests antigéniques, plus faciles à déployer et qui ne requièrent pas l’utilisation d’automates pour obtenir les résultats.

Les tests salivaires ont par ailleurs été autorisés vendredi 18 septembre par la Haute Autorité de santé. «De nouveaux types de tests voient peu à peu le jour et permettent d’envisager deux voies d’amélioration: faciliter le prélèvement et faciliter l’analyse des échantillons recueillis, affirme son communiqué. Pour faciliter le prélèvement, la salive pourrait être une alternative. Le prélèvement salivaire est réalisé par crachat simple, par crachat bronchique ou par pipetage de la salive. Le HAS mène également des travaux sur de nouvelles modalités d’analyse, sur lesquelles elle se prononcera prochainement, comme les tests antigéniques.»

Cette controverse sur les tests et sur les contrôles encore inexistants aux entrées sur le territoire – en particulier à l’aéroport parisien Charles de Gaulle situé dans l'Ile-de-France, qui figure parmi les régions les plus touchées – alimente l’impression d’une gestion encore trop chaotique de la crise sanitaire en France.

«Le virus circule trop vite»

La Suisse, rappelons-le, a placé neuf régions françaises (dont l’Ile-de-France) en zone rouge le 11 septembre. Et si les déprogrammations d’opérations et la libération de lits supplémentaires en réanimation (11 000 désormais contre 7000 au début de la pandémie) pour les cas de Covid-19 ne sont pas encore d’actualité, l’échéance pourrait venir. Le nombre de nouvelles hospitalisations sur les sept derniers jours s’élève à 3853 contre 3626 le 11 septembre: «L’enjeu prioritaire est le respect effectif de l’isolement de sept jours (sa durée a été raccourcie le 11 septembre) confirme Martin Hirsch au Temps. Le virus circule trop vite aujourd’hui». Or rien, en France, à part des opérations de surveillance téléphonique, comme le réseau Covisan de l’Assistance publique de Paris, ne permet de s’assurer du bon respect de la quarantaine. Cela au moment où le Royaume-Uni, dimanche, vient de mettre en place une amende de 11 000 euros pour tout contrevenant. L’amende entrera en vigueur à partir du 28 septembre.