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Le Texan Beto O'Rourke vient bousculer la primaire démocrate

Candidat démocrate marqué à gauche, le charismatique Texan va devoir batailler contre six femmes et des poids lourds comme Bernie Sanders et Joe Biden pour espérer s'imposer

Le rebelle Beto O’Rourke n’aime pas les étiquettes. A un journaliste de Vanity Fair qui lui demande s’il se considère comme progressiste, il répond qu’il préfère laisser cela aux autres. Le Texan va pourtant devoir s’habituer à être étiqueté. Déjà souvent comparé aux Kennedy en raison de son physique, il risque très vite de passer pour un «lady killer», qui plus est capable d'empêcher une femme noire d'accéder pour la première fois à la présidence ces Etats-Unis

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Joe Biden, le favori

Mais on n’en est pas encore là. Beto O’Rourke, 46 ans, a pour l’instant fait un premier petit pas dans la campagne présidentielle de 2020: il a annoncé sa candidature à l’investiture démocrate jeudi. «La seule manière pour nous d’être fidèles aux promesses de l’Amérique est de tout donner pour elle et de tout donner pour nous tous», précise-t-il dans une vidéo postée à l’aube. Cette fois, il adopte la posture traditionnelle des candidats, installé dans un canapé avec sa femme à ses côtés. Il nous avait habitués à des images plus insolites: sur Instagram, le démocrate avait récemment convié les internautes à une séance de détartrage, avec le bruit de l’aspirateur à salive en arrière-fond, pendant qu’il interrogeait sa dentiste à propos du mur que Donald Trump veut construire à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.

La candidature de Beto O’Rourke s’ajoute à celles de 14 démocrates, dont six femmes, un record, et du sénateur indépendant Bernie Sanders, candidat malheureux aux primaires démocrates de 2016 contre Hillary Clinton. Celle de Joe Biden, vice-président sous Barack Obama, est très attendue: c’est lui qui pour l’instant fait figure de grand favori dans les sondages. Il devrait se déclarer très prochainement.

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Même s’il refuse les étiquettes, Beto O’Rourke est marqué à gauche. Elu à la Chambre des représentants entre 2013 et janvier 2019 sans vraiment s’être fait remarquer, il est surtout devenu un phénomène médiatique en novembre, lors de sa campagne contre le républicain Ted Cruz, à qui il espérait rafler le siège au Sénat. Véritable bête de scène – il a un passé de rocker punk –, il y était presque parvenu, ce qui aurait représenté un sacré coup de force, le Texas étant un bastion conservateur par excellence.

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Un «road trip» pour réfléchir

Le Texan a l’enthousiasme communicatif. Il joue sur son physique de jeune premier et s’exprime avec une gestuelle dynamique. Il avait d’abord laissé entendre qu’il ne se présenterait pas à la présidentielle, mais très vite ses hésitations ont constitué de sérieux indices quant au fait qu’il changerait d’avis. Il a profité d’un road trip pour prendre sa décision, après une fracture de fatigue et une période de dépression post-électorale. Un voyage à la rencontre des Américains qui a pris des airs de pré-campagne, et a été abondamment commenté sur les réseaux sociaux, auxquels il recourt beaucoup.

Un tête-à-tête avec Barack Obama a fini par achever de le convaincre qu’il faisait le bon choix.Le «phénomène Beto» augure une «campagne optimiste». Il promet de «rassembler dans un pays très divisé». Il vient de faire la couverture du magazine Vanity Fair en posant devant l’objectif de la photographe Annie Leibovitz en jean et chemise bleue, avec son chien Artemis, sur une piste du Texas. Avec un titre explicite: «Le choix de Beto – Je veux en être. Je suis vraiment né pour ça.» L’entretien a été publié en ligne mercredi soir, avant la diffusion de sa vidéo.

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De l'énergie et de la jeunesse

Le manque d’expérience est pour l’instant la principale faiblesse du candidat. Il tente de la combler par son énergie à revendre et sa jeunesse par opposition à Bernie Sanders (77 ans) et à Joe Biden (76 ans), qui, s’ils étaient élus, finiraient leur mandat à plus de 80 ans, du jamais-vu. Le Parti démocrate étant tiraillé entre son aile progressiste, où le populaire sénateur du Vermont joue encore un rôle de locomotive, et l’establishment centriste incarné par Joe Biden, Beto O’Rourke pourrait chercher à en tirer profit. Voilà pourquoi il évite soigneusement de se coller des étiquettes: il sait qu’il va devoir naviguer entre deux eaux.

Partisan d’une assurance santé pour tous, très présent sur le front migratoire, Beto O’Rourke fait campagne en refusant des dons des lobbies et grandes entreprises. Et cela ne le freine pas: pour sa course au Sénat, il était parvenu à récolter plus de 38 millions de dollars en trois mois, du jamais-vu lors d’élections sénatoriales. C’est à El Paso qu’il organisera son premier grand meeting électoral, le 30 mars. En février, la venue de Donald Trump dans sa ville natale l’avait fortement mobilisé. Le président lui a d’ailleurs déjà collé quelques étiquettes. «Poids plume» et «gauchiste radical qui plaide pour des frontières ouvertes» en font partie.

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