Depuis le 5 mai 1950, les Thaïlandais n’avaient jamais vu cela. Soixante-neuf ans se sont en effet écoulés entre le couronnement du défunt roi Rama IX – rentré de Suisse quelques mois plus tôt avant d’y revenir pour terminer ses études – et celui de son fils, le roi Rama X.

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Un nouveau roi 

Proclamé monarque le 1er décembre 2016, soit trois mois après la disparition de son père qui régnait depuis 1946, le nouveau roi Maha Vajiralongkorn, 66 ans, a attendu plus de deux ans avant de recevoir, samedi, la «grande couronne de la victoire» des prêtres brahmanes qui orchestrent cette cérémonie, puisant à la fois dans les traditions bouddhistes et hindouistes de ce royaume d’Asie du Sud-Est. Un couronnement suivi, dimanche, par une procession rythmée par les coutumes ancestrales de la dynastie Chakri, fondée en 1782, dans cette mégalopole moderne qu’est aujourd’hui Bangkok: seul, assis sur un palanquin royal porté par une dizaine de soldats et entouré d’un cortège de plusieurs centaines de militaires en uniforme d’apparat, le roi Rama X a passé plusieurs heures à défiler devant son peuple, sans prononcer une parole ou faire un signe de la main.

Pour cette monarchie constitutionnelle asiatique où la figure centrale du souverain reste indissociable du jeu politique, ce couronnement ouvre en tout point une nouvelle ère. Depuis une dizaine d’années, alors que la santé de son père révéré par le peuple thaïlandais déclinait de plus en plus, Maha Vajiralongkorn – qui est souvent venu durant sa petite enfance sur les rives du Léman – a plusieurs fois défrayé la chronique en raison de ses comportements privés, soit à l’ombre de ses palais thaïlandais (une vidéo diffusée sur internet le montre au côté de son ex-compagne dévêtue, en train de fêter l’anniversaire de leur caniche en 2007), soit lors de ses nombreux séjours en Allemagne où il dispose d’une résidence à Munich (des clichés le montrant tatoué ont beaucoup circulé).

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Un pilote militaire

Comment, dès lors, convaincre ses sujets que son règne ne sera pas erratique, même si les lois très strictes sur le crime de lèse-majesté interdisent la diffusion de ces images en Thaïlande et permettent au gouvernement de faire taire les dissidents? Comment, surtout, rassurer ceux qui le croient, en raison de son parcours de pilote militaire, favorable à la mainmise de l’armée sur le pouvoir en Thaïlande, où une vingtaine de coups d’Etat menés par des généraux ont eu lieu depuis 1945? Ses partisans, eux, affirment qu’il n’interférera pas en politique.

A peine couronné, le nouveau souverain aura très vite l’occasion d’apporter une première réponse. Après une ultime journée d’audiences royales ce lundi, le roi Rama X se tiendra en retrait de l’annonce, jeudi 9 mai, des résultats des législatives du 24 mars. Le sort de l’actuelle junte militaire, au pouvoir depuis le putsch de mai 2014, se jouera alors face à une coalition de partis d’opposition emmenés par le Pheu Thai, la formation de l’ancien premier ministre et milliardaire Thaksin Shinawatra. Lequel a tenté, lors de la campagne, de s’allier avec la sœur aînée du monarque, la princesse Ubolratana, un court moment candidate au poste de chef du gouvernement, avant que son frère ne l’oblige à renoncer.

Le maintien au pouvoir d’un gouvernement dominé par l’armée, sur fond de contestation des résultats, serait à coup sûr interprété comme ayant reçu l’assentiment de ce roi qui a, depuis son accession sur le trône, purgé la maison royale et récupéré la gestion directe des propriétés de la couronne. La famille royale thaïlandaise, dont l’influence dépasse de loin ses prérogatives constitutionnelles, compte parmi les plus grandes fortunes mondiales.