Asie

Thaïlande: La princesse ne sera pas Première ministre

Ubolratana Rajakanya n'accédera pas au poste de chef de gouvernement du royaume. Le palais a mis son veto

La candidature de la soeur du roi de Thaïlande au poste de Premier ministre n'aura tenu qu'une journée. Le parti sous la bannière duquel elle devait concourir a fait machine arrière samedi, après son torpillage par le palais. "Le parti Thai Raksa Chart se soumet à l'ordre royal" diffusé la veille au soir à la télévision, désapprouvant cette entrée inédite en politique, a annoncé la formation créée par des proches de Thaksin Shinawatra, bête noire des ultra-monarchistes.

Le veto du palais

"La candidature d'Ubolratana franchissait clairement la ligne rouge et mettait l'institution (royale) en danger", analyse Puangthong Pawakapan, professeure de sciences politiques à l'université Chulalongkorn de Bangkok. Pour elle, comme pour les rares analystes acceptant de s'exprimer publiquement depuis que le palais a mis son veto au plan, dès la diffusion du bulletin du palais vendredi soir, le sort de la princesse était scellé: elle n'allait pas entrer dans l'Histoire comme la première princesse chef de gouvernement civil.

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Les groupes ultra-royalistes, qui voient Thaksin Shinawatra et ses partisans comme de dangereux anti-monarchistes, ne s'y sont pas trompés, célébrant sur les réseaux sociaux depuis vendredi soir le camouflet donné à la princesse. Certains sont allés jusqu'à demander que la princesse fasse des excuses publiques pour s'être alliée avec les "Rouges", couleur des Shinawatra.

«Séisme politique»

La princesse avait publié samedi matin, avant l'annonce de son retrait, un message sur Instagram laissant encore à penser qu'elle pourrait maintenir sa candidature. "Je tiens à le répéter, avec sincérité: je veux que la Thaïlande aille de l'avant et soit reconnue par la communauté internationale", disait cette princesse haute en couleur, ayant longtemps vécu aux Etats-Unis, signant du hashtag "LoveLove". Ubolratana, 67 ans, ne sera donc pas Première ministre sous l'étiquette du parti Thai Raksa Chart, dirigé par le clan du milliardaire et ancien Premier ministre en exil Thaksin. Envoyant un premier signal inquiétant, le parti Thai Raksa Chart avait annulé dans la matinée un premier rassemblement de campagne, en vue des élections législatives du 24 mars, qui était prévu samedi à Bangkok.

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Les spéculations allaient bon train samedi: le roi n'avait-il vraiment pas été consulté? A-t-il voulu envoyer un message à la junte pour rappeler où était le vrai centre du pouvoir en Thaïlande, en dépit du fait qu'il vit la plupart du temps en Allemagne? "Séisme politique", titrait samedi en une le Bangkok Post, en appelant cependant à une "clarification du statut royal de la princesse". Le point litigieux qui aura brisé sa course, dans ce royaume où la monarchie est censée se tenir au-dessus des conflits politiciens.

La rupture avec Bhumibol

Thaksin Shinawatra a toujours été vu par la vieille garde du palais et les militaires comme une menace pour la royauté. D'où les coups d'Etat de 2006 et 2014 contre son gouvernement et celui de sa soeur, Yingluck. Mais depuis la prise de pouvoir par les généraux en 2014, le roi Bhumibol Adulyadej est mort et son fils Maha Vajiralongkorn lui a succédé et a commencé à réformer le palais. D'où le fait que la candidature de sa soeur ait été perçue comme un signe de rupture sans précédent avec l'époque Bhumibol.

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