Thaïlande

Thaïlande: la soeur du roi candidate au poste de Premier ministre

Cette annonce, séisme politique sans précédent, n'a pas empêché le chef de la junte au pouvoir de se présenter aussi. Les élections législatives thaïlandaises auront lieu le 24 mars

La princesse Ubolratana, soeur aînée du roi de Thaïlande, est candidate au poste de Premier ministre, a annoncé vendredi à l'Agence France-presse (AFP) Preechaphol Pongpanich, dirigeant du parti Thai Raksa Chart, très proche du clan Shinawatra, bête noire de la junte militaire au pouvoir. Les élections législatives se tiendront le 24 mars, les premières depuis le coup d'Etat de 2014, afin d'élire les 500 députés de la chambre des représentants de la Thaïlande.

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Ubolratana, 67 ans, va concourir au poste de chef du gouvernement civil sous l'étiquette d'un parti pro-Shinawatra, ancien Premier ministre vivant en exil pour échapper à des poursuites dans le royaume. Or Thaksin Shinawatra, le réformateur, a toujours été vu par la vieille garde du palais et les militaires comme une menace pour la royauté. D'où les coups d'Etat militaires de 2006 et 2014 contre ses gouvernements.

Mais depuis la prise de pouvoir par les généraux proches de la vieille garde du palais, le roi Bhumibol Adulyadej est mort et son fils Maha Vajiralongkorn lui a succédé. La candidature de la soeur du roi, qui ne peut avoir été décidée sans l'aval du palais selon des analystes interrogés, est donc un signe de rupture sans précédent d'avec la vieille garde de l'époque Bhumibol.

Une première pour un membre de la famille royale

Le signal a été donné par Preechapol Pongpanich, dirigeant du Thai Raksa Chart, parti pro-Shinawatra au nom duquel la princesse concourt. Il l'a jugée «le choix le plus approprié» pour ce poste, devant une presse venue en nombre assister à l'enregistrement du nom du candidat du parti au poste de Premier ministre. La rumeur d'une candidature de la princesse avait enflé ces derniers jours.

Aucun membre de la famille royale n'avait jamais brigué le poste de chef du gouvernement depuis l'établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932.

Dans la foulée, le chef de la junte, Prayut Chan-o-Cha, a indiqué dans un communiqué «accepter l'invitation» du parti Phalang Pracharat (pro-militaire) de devenir Premier ministre en cas de victoire aux législatives.

Prayut Chan-o-Cha était pressenti pour renouveler son mandat

La candidature surprise annoncée vendredi de la princesse, en concurrence frontale avec le chef de la junte, rebat les cartes d'une scène politique verrouillée par les militaires.

Jusqu'à présent, d'après les observateurs, Prayut Chan-o-Cha était pressenti pour rester au pouvoir face aux deux poids lourds historiques de la politique thaïlandaise: les démocrates, proches des classes aisées, et le parti Pheu Thai, fondé par Thaksin Shinawatra.

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Le mouvement Thai Raksa Chart a été fondé en novembre 2018 par des fidèles de Thaksin Shinawatra, exilé pour échapper à une condamnation pour corruption qu'il a toujours dénoncée comme politique.

Au tournant des années 2000, la Thaïlande a connu plus d'une décennie d'instabilité politique pendant laquelle le pays a été le théâtre de fortes tensions entre «Chemises rouges» (réformateurs, partisans des Shinawatra) et «Chemises jaunes» (conservateurs ultra-royalistes au premier rang desquels les généraux), ce qui a conduit à deux coups d'Etat militaires.

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