Crime et châtiment au théâtre

Thomas Ostermeier, metteur en scène

Son Hamlet? Une rock star sous pression. Son Woyzeck? Un abruti de banlieue coincé entre une baraque à frites et des chiens galeux. Thomas Ostermeier a beau être un surdoué de la mise en scène qui, à 41 ans, a signé plus de trente créations, son esthétique relève des quartiers dangereux plutôt que des bancs d’école policés. Ce souvenir encore, au Festival d’Avignon, en 1999: une sodomie au couteau, meurtre insoutenable, dans le très violent Shopping and Fucking de l’Anglais Mark Ravenhill, où une faune sans foi ni loi dealait, couchait et crevait dans un taudis.

Résumé ainsi, on pourrait penser que Thomas Ostermeier a plongé dans la vague grunge des années 1990 pour y puiser des pépites explosives cadrant avec la demande des scènes européennes déjà sous le charme du théâtre ordurier de l’Argentin Rodrigo Garcia.

Ce serait oublier la maestria de celui qui codirige la Schaubühne depuis 1999. Oublier ses comédiens entraînés comme des sportifs d’élite. Sa capacité encore à choisir des auteurs qui racontent le désarroi de l’époque. L’Allemand Marius von Mayenburg et ses chroniques familiales névrosées. La Britannique Sarah Kane, surtout, dont la langue a pointé tous les crimes de guerre et de société. Le plus souvent, Ostermeier porte un survêtement. Normal, son théâtre est musclé et ne craint ni la sueur, ni les côtes cassées.