Lorsque sa caravane électorale traverse l’ex-RDA, le concert de sifflets et de huées est assourdissant. Comme à Annaberg-Buchholz, en Saxe, ou à Quedlinbourg, en Saxe-Anhalt… «Merkel, casse-toi!», «Menteuse!», «Traîtresse!»… Les insultes pleuvent sur la chancelière, qui a alors besoin d’une solide escorte policière pour parvenir à la tribune où elle doit prononcer un discours assourdi par le brouhaha des supporters du mouvement anti-islam Pegida ou du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Les mêmes scènes se répètent – de manière plus civilisée – dans l’ouest de l’Allemagne, comme à Gelnhausen ou Heilbronn. La politique migratoire du gouvernement est à chaque fois la cause de ces débordements.

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En 2015, l’Allemagne avait ouvert – à l’initiative de la fille de pasteur Merkel – la frontière avec l’Autriche à plusieurs milliers de réfugiés pour l’essentiel syriens, bloqués en gare de Budapest sous la canicule et sans soins. Près d’un million de personnes s’étaient ensuite engouffrées dans la brèche, par la route des Balkans. Début 2016, la cote de popularité de la chancelière avait plongé en flèche. L’AfD pour sa part réussissait à la faveur de plusieurs élections régionales à entrer dans 13 des 16 parlements régionaux allemands. Longtemps, la chancelière a tenté de maintenir la question de l’immigration hors du débat électoral. Mais cette stratégie de contournement a des limites.

Le risque de paupérisation arrive loin derrière

Deux sondages récents rappellent que l’immigration reste le principal sujet de préoccupation des Allemands. Selon l’institut GfK, 56% d’entre eux confient s’inquiéter de la politique migratoire et de l’intégration des étrangers dans leur pays. C’est nettement moins qu’en 2016 (83% des Allemands le disaient voici un an), mais loin devant les autres sujets de préoccupation que sont le risque de paupérisation (cité par 17% des personnes interrogées) et la criminalité (16%). «Le nombre des arrivées a considérablement reculé depuis la fermeture de la route des Balkans et la signature de l’accord avec la Turquie en mars 2016, rappelle Raimund Wildner, le chef de GfK. Mais même si on a évité ainsi une seconde vague de migration, beaucoup d’Allemands considèrent que l’une des principales tâches du pays est désormais d’intégrer ceux qui sont déjà là.»

Selon une enquête d’opinion réalisée pour la chaîne de télévision publique ARD, 12% des Allemands estiment que la priorité du prochain gouvernement devra être de poser à plat la politique migratoire, de donner une nouvelle définition au droit d’asile et d’adopter une nouvelle loi sur l’immigration. Le risque de paupérisation et l’introduction d’un impôt sur la fortune sont cités – en seconde position – par 9% des sondés.

Un autre indicateur va dans la même direction: les intentions de vote en faveur du parti populiste de droite AfD.

Un gain de deux points en une semaine

Créée pour protester contre les plans de sauvetage de l’euro, l’AfD s’est repositionnée contre l’immigration en 2015. Longtemps créditée de 8% des intentions de vote – au même niveau que les néocommunistes de Die Linke, les Verts ou le parti libéral FDP –, elle a gagné deux points en l’espace d’une semaine, à 10% des intentions de vote, et pourrait arriver le 24 septembre en troisième position derrière la CDU (38%) et le SPD (22%), ce qui compliquerait la formation d’une coalition à Berlin.

«La coupe est pleine», insiste Alice Weidel, co-tête de liste de l’AfD en vue des élections. Le parti réclame un solde migratoire négatif de 200 000 personnes par an, l’expulsion de 630 000 demandeurs d’asile dont la demande a été refoulée, le rétablissement des contrôles aux frontières et une réforme du droit d’asile…

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Angela Merkel, réputée pour son pragmatisme, a adapté son discours. Elle ne revient pas sur sa décision d’accueillir les réfugiés en 2015. «Je prendrais exactement les mêmes grandes mesures», a-t-elle assuré dimanche dans une interview au quotidien Die Welt. Mais elle se dit également favorable à davantage d’expulsions de migrants déboutés du droit d’asile. Mardi, elle a demandé lors de sa traditionnelle conférence de presse d’été un maintien des contrôles aux frontières dans l’espace Schengen, malgré les réticences de la Commission européenne à ce sujet. Elle a insisté sur la «dimension globale» des questions migratoires, expliquant qu’un «pays seul ne peut pas» y faire face. Une façon de ne plus apparaître seule en première ligne alors que la situation en Méditerranée fait redouter un nouveau pic d’arrivées en provenance, cette fois, d’Afrique