La tentation aura été trop forte. Après avoir rejeté pendant des mois la possibilité d’élections anticipées, la première ministre britannique Theresa May a effectué un demi-tour spectaculaire ce mardi. Prenant tout le monde par surprise, y compris ses propres députés, elle a annoncé l’organisation d’élections législatives le 8 juin. Il lui reste à obtenir ce mercredi une majorité des deux tiers à la Chambre des communes pour mener à bien la dissolution. Mais cela ne devrait être qu’une formalité, les travaillistes ayant annoncé leur accord.

Avec ce scrutin, Theresa May entend mettre le parlement à ses ordres sur le Brexit. «Le gouvernement a le plan qu’il faut pour négocier notre nouvelle relation avec l’Europe, a-t-elle déclaré sur le perron de Downing Street. […] Mais les autres partis s’y opposent. En cette période d’énorme importance nationale, il devrait y avoir l’unité à Westminster. A la place, c’est la division. Le pays s’est rassemblé, mais pas Westminster.»

La première ministre met dans un même sac l’opposition travailliste, très divisée sur le Brexit, les libéraux-démocrates, qui souhaitent l’organisation d’un deuxième référendum sur l’appartenance à l’Union européenne, et les nationalistes écossais, qui veulent organiser un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

Sondages très favorables

Si Theresa May, politicienne hyper-prudente, se lance ainsi dans l’aventure, c’est qu’elle a devant elle une occasion historique. Aucune première ministre conservatrice en exercice n’a été aussi populaire depuis 1983, quand Margaret Thatcher était au sommet de sa puissance. Les cinq sondages réalisés en avril donnent en moyenne les conservateurs à 42%, face à des travaillistes à 25%.

Le Labour est enlisé dans une double crise. Son leader, Jeremy Corbyn, très à gauche, est extrêmement impopulaire. Et le parti, qui s’est battu pour rester dans l’UE, ne sait pas quelle position adopter sur le sujet: il dit vouloir respecter le résultat du référendum mais tente aussi de ne pas fâcher ceux qui étaient contre le Brexit.

Voilà pour Theresa May de quoi rêver d’une majorité confortable. La première ministre britannique ne dispose actuellement que d’une vingtaine de sièges de députés d’avance à la Chambre des communes, en comptant le soutien de quelques élus nord-irlandais. Si les sondages restent à leur niveau actuel, elle passerait à cent vingt sièges.

Prise en otage

Un tel succès mettrait fin à la véritable prise en otage qu’elle subit actuellement des Brexiters les plus extrêmes. Aux yeux de ces politiciens, qui se battent depuis vingt ans pour sortir de l’UE, aucun compromis n’est acceptable. Jusqu’à présent, Theresa May a fait leur jeu, acceptant de sortir de l’union douanière et du marché unique européens. Elle savait que la moindre rébellion de leur part signifierait sa défaite au parlement.

Avec une majorité renforcée et un clair mandat électoral, Theresa May pourrait au contraire négocier plus facilement avec l’UE, voire faire des compromis. «Cela réduirait l’influence des députés qui poussent pour un Brexit dur», estime une note des analystes de Deutsche Bank.

Le pari n’est pas sans risques cependant. Le coup de dés peut provoquer une réaction négative de l’électorat, qui y verrait un jeu trop tacticien. En Ecosse, les nationalistes vont en profiter pour durcir leur demande d’un nouveau référendum. Une percée des libéraux-démocrates, qui sont devenus les porte-parole des anti-Brexit, n’est pas impossible… Mais pour Theresa May, la possibilité d’une victoire retentissante était difficile à rejeter.