Royaume-Uni

Theresa May, au bord des larmes, jette l’éponge

La première ministre britannique démissionnera le 7 juin, mais restera à son poste jusqu’à l’élection d’un nouveau leader du Parti conservateur, d’ici juillet

En prenant le pouvoir en juillet 2016, Theresa May avait une tâche: mettre en place le Brexit. Elle a échoué. Malgré un rare entêtement, la première ministre britannique a été forcée d’annoncer sa démission sans avoir réussi à faire ratifier son accord sur le retrait de l’Union européenne.

Au bord des larmes

Vendredi, dans le soleil printanier qui baignait le perron de Downing Street, Theresa May a annoncé qu’elle démissionnerait officiellement le 7 juin. Elle restera ensuite à son poste le temps qu’un nouveau leader du Parti conservateur soit choisi, sans doute courant juillet.

Son allocution n’a duré que quelques minutes, mais Theresa May a craqué. La voix brisée par l’émotion, elle a fini au bord des larmes après des mois épuisants de constante bataille. «C’était l’honneur de ma vie d’avoir ce poste: être la deuxième première ministre femme de l’histoire, mais certainement pas la dernière. J’ai une immense gratitude d’avoir pu servir le pays que j’aimais.» La bouche déformée par un rictus, elle a fait demi-tour pour rentrer le plus rapidement possible s’abriter derrière la porte noire de Downing Street.

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Auparavant, elle a souligné qu’elle «avait fait de son mieux». Elle a passé quelques instants à rappeler qu’elle a tenté de faire autre chose que le Brexit, mettant en avant des avancées sur la santé mentale ou les violences familiales. Mais elle a surtout insisté, à l’intention des députés de son parti intraitables ces derniers mois: «Le compromis n’est pas un mot sale.»

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Démission de 35 ministres

Le départ de Theresa May était devenu inévitable ces derniers jours. La première ministre, qui a déjà tenté à trois reprises de faire passer son accord sur le Brexit, voulait le proposer une quatrième fois aux députés début juin. Faute du soutien d’une bonne partie de ses propres députés conservateurs, elle a tenté de présenter des compromis en direction des députés travaillistes. Le seul résultat a été de l’isoler encore un peu plus. L’immense majorité de son parti l’a lâchée tandis que les travaillistes n’avaient aucun intérêt à la sauver, alors que le gouvernement qu’ils combattent est en train de s’effondrer. Mercredi, le dernier coup de poignard est arrivé d’Andrea Leadsom, sa ministre des relations avec le parlement, qui a démissionné. C’était la 35e démission d’un ministre sous Theresa May, un record sur une période aussi courte.

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La démission de la première ministre n’est pas immédiate afin de pouvoir couvrir deux importants événements début juin: la visite d’Etat de Donald Trump le 5 juin, puis les commémorations du 75e anniversaire du débarquement le 6 juin.

Ensuite, le processus de succession débutera officiellement. Il s’agit d’une affaire purement interne au Parti conservateur, qui se déroulera en deux temps: les députés doivent choisir entre eux deux candidats officiels, qui seront ensuite soumis au vote des 125 000 membres du parti.

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Aucune majorité

Les candidats à la succession ne manquent pas. Au moins dix-sept ont manifesté leur intérêt. Mais l’un d’entre eux domine très largement: Boris Johnson. Tous les sondages des membres du Parti conservateur placent l’ancien ministre des Affaires étrangères, leader du Brexit lors du référendum de 2016, largement en tête. La difficulté pour lui sera de passer le premier tour, alors que de nombreux députés ne l’apprécient pas du tout.

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Quel que soit le successeur, le problème du Brexit reste pourtant intact. Il n’y a aucune majorité au parlement pour une forme claire de sortie de l’UE. La Chambre des communes est profondément divisée entre trois groupes: ceux qui veulent un Brexit dur (un petit tiers), ceux prêts à un compromis et qui avaient soutenu l’accord de Theresa May (environ 40%) et ceux qui veulent bloquer le Brexit (un gros tiers). Dès le nouveau premier ministre en poste, le casse-tête insoluble sera de retour.

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