Brexit

Theresa May propose aux députés de voter sur la tenue d’un second référendum

Si la première ministre britannique reste opposée à cette seconde consultation du peuple, elle laissera à la Chambre des communes le soin de choisir

Telle une accro aux jeux qui a tout perdu, Theresa May passe son temps à tenter de se refaire en misant une dernière fois le peu qu’il lui reste. Dans un énième discours de la dernière chance, la tenace première ministre britannique a essayé mardi de vanter les mérites de son accord du Brexit.

Elle avait déjà annoncé qu’elle le présenterait une quatrième fois à la Chambre des communes au cours de la semaine du 3 juin (sans doute le 7 juin). Pour tenter de convaincre, y compris dans le camp travailliste, elle a ajouté mardi quelques compromis supplémentaires. En particulier, elle promet que les députés pourront voter sur la tenue d’un second référendum sur le Brexit.

Des clauses supplémentaires

Elle n’a pas changé d’avis et rejette cette idée. «Mais je reconnais que les membres de la Chambre des communes ont des opinions très fortes et sincères sur cette question importante.» Elle introduira donc dans la loi sur la ratification de son accord une clause permettant aux députés de se prononcer sur le sujet. Ceux-ci ont cependant déjà rejeté le 1er avril un second référendum par 292 voix contre 280 (et 62 abstentions). Rien ne dit que l’équilibre parlementaire ait changé.

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A cette nouvelle offre, Theresa May ajoute un certain nombre de clauses supplémentaires à destination des députés travaillistes, qui craignent que le Brexit n’ouvre la porte à une dérégulation ultralibérale. Elle promet une loi garantissant que les droits des travailleurs demeurent «au moins aussi bons» que ceux réglementés actuellement par l’Union européenne. Un nouveau «Bureau de la protection de l’environnement» serait aussi créé, pour que les normes européennes soient maintenues.

Un geste désespéré

Rien de tout cela n’est cependant vraiment nouveau. Et les chances de Theresa May de soudainement redresser la situation sont minces. Les questions des journalistes à la fin de son discours donnaient d’ailleurs un ton de marche funèbre. «N’est-ce pas trop tard pour offrir ces compromis?» «Pour vous succéder, préférez-vous que ce soit un brexiter?» «Beaucoup de députés disent qu’ils sont contre votre texte non pas à cause de son contenu, mais parce que c’est vous qui le proposez. Pourquoi ne pas laisser quelqu’un d’autre essayer?»

La première ministre britannique ne cache pas que la situation est compliquée. «Mais je ne crois pas qu’il faille abandonner. […] La majorité des députés ont dit qu’ils voulaient que le Brexit ait lieu. Je crois que nous devons les aider à trouver une façon de le faire.» Elle en appelle en particulier au respect de la démocratie. «Prolonger [cette situation] quelques mois de plus, et peut-être indéfiniment, risque d’ouvrir les portes au cauchemar d’un paysage politique polarisé de façon permanente. Regardez la santé de la politique des démocraties libérales à travers le monde. Regardez le Royaume-Uni et imaginez l’impact de ne pas obéir aux instructions du peuple britannique.»

«Rien de nouveau ou de fort»

La réaction initiale des députés ne laisse pourtant guère d’espoir, y compris dans son propre camp. «Il n’y a rien de nouveau ou de fort dans [cette offre]», attaque Iain Duncan Smith, député conservateur brexiter. «Cette proposition n’est pas le Brexit et je ne la soutiendrai pas», renchérit son collègue Charlie Elphicke. Lisa Nandy, une députée travailliste qui envisageait sérieusement il y a quelques mois de soutenir l’accord, a déclaré après ce discours qu’elle ne le ferait pas.

Theresa May a annoncé qu’elle publierait après le vote de juin le calendrier de son départ. Sauf miracle, elle partira sans avoir conclu la première phase du Brexit.

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