Royaume-Uni

Theresa May se bat contre le «no deal»

La première ministre semble lâcher les brexiters durs et veut trouver un compromis avec l’opposition travailliste

Theresa May semble enfin avoir choisi son camp. Après un interminable Conseil des ministres de sept heures, la première ministre britannique a décidé mardi de demander un délai supplémentaire pour le Brexit et appelle à une solution de compromis avec l’opposition. Elle semble donc avoir lâché les brexiters les plus durs, qui paient pour leur intransigeance de longue date.

Dans une courte déclaration de Downing Street, Theresa May a exclu le scénario du «no deal», qui serait entré en vigueur dès le 12 avril faute de solution. «Sortir avec un accord est la meilleure solution. Nous allons donc avoir besoin d’une extension de l’article 50, qui soit la plus courte possible et qui se termine quand on ratifiera l’accord.»

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L'esquisse d’une solution

La première ministre britannique sait bien entendu que les Européens ne sont pas prêts à accorder un délai sans condition. La commission a répété plusieurs fois qu’elle souhaitait qu’un «plan crédible» lui soit soumis. Theresa May propose donc à Jeremy Corbyn, le leader du Parti travailliste, de travailler à une solution commune, «à laquelle nous puissions tous les deux adhérer». Idéalement, l’objectif est de trouver un compromis d’ici au sommet européen du 10 avril, afin que Theresa May puisse la présenter aux dirigeants de l’UE.

La première ministre sait cependant que le leader de l’opposition, qui est très intransigeant et rêve de provoquer des élections, ne lui fera pas de cadeau. Néanmoins, Jeremy Corbyn a annoncé hier soir qu’il allait rencontrer Theresa May. Au cas où celui-ci se montrerait récalcitrant durant le dialogue, elle soumettrait à la Chambre des communes une série d’options, sur lesquelles les députés pourraient voter. Contrairement au processus de ces derniers jours, qui n’était que consultatif, «le gouvernement respectera la décision de la Chambre».

Si les Européens acceptent la proposition de Theresa May, cela devrait repousser la date d’entrée en vigueur du Brexit au 22 mai. Un tel scénario permettrait au Royaume-Uni d’éviter d’organiser des élections européennes, ce qui aurait été politiquement catastrophique pour le Parti conservateur.

Risque de rupture au sein des Tories

Depuis des mois, Theresa May était coincée entre deux camps irréconciliables. D’un côté, les brexiters les plus durs ne veulent pas entendre parler de son accord, qu’ils estiment conserver le Royaume-Uni trop près de l’UE. De l’autre, l’opposition et une poignée de ses propres députés estiment que son accord est beaucoup trop dur, sortant le Royaume-Uni du marché unique et (partiellement) de l’union douanière. Entre ces deux groupes retranchés sur leurs positions, dans un climat délétère, trouver une majorité à la Chambre des communes était impossible. A trois reprises, la première ministre a essayé. A trois reprises, elle a échoué.

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Longtemps, Theresa May a refusé de choisir entre les deux camps. Aller dans un sens ou dans l’autre revenait à risquer de scinder son parti en deux. Elle a finalement décidé de pencher vers le Brexit doux. Les faucons ne lui pardonneront sans doute pas. Les Tories, parti de gouvernement historique, risquent la rupture. Mais cela permet peut-être d’enfin débloquer la situation immédiate.

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