Royaume-Uni

Pour Theresa May, un retour à la case départ

OPINION. Humiliée comme jamais par le parlement, la première ministre n’en sort pas moins renforcée par ce nouveau psychodrame. Mais pour aller où?

Il faut remonter… au début des années 1930 pour avoir trace de pareille humiliation d’un premier ministre britannique devant son parlement. En toute logique, Theresa May devrait donc rassembler ses affaires et quitter sans plus tarder sa résidence au 10 Downing Street. Mais il n’y a rien de logique depuis que le Royaume-Uni a entrepris, il y a deux ans, sa course au précipice en choisissant d’avancer tête baissée vers le Brexit.

Ainsi, Theresa May devrait survivre sans trop de peine à la motion de censure immédiatement déposée par son rival Jeremy Corbyn. Confirmée il y a peu, dans la douleur, à la tête du parti conservateur, elle occupe une place que peu de ses collègues envient, même s’il s’agit surtout d’éviter d’offrir sur un plateau une possible victoire aux travaillistes. Paradoxalement, c’est donc plutôt en position de force que se trouve aujourd’hui la première ministre, malgré le bruyant camouflet qui lui a été infligé.

Mais que faire?

En position de «force», mais pour faire quoi? Au sein de l’Union européenne, les voix unanimes n’ont pas tardé à tirer la seule conclusion possible de cette nouvelle tragicomédie qui venait de se dérouler à Westminster: la défaite subie est d’une telle proportion qu’il devient plus impensable encore de rouvrir une négociation avec Londres visant à lui offrir un «meilleur deal». Les meilleures des intentions – à supposer qu’elles existent – ne suffiraient pas à rapprocher les positions, tant le fossé est profond. Bruxelles a déjà fait sa part. C’est donc aujourd’hui aux Britanniques de se mettre enfin d’accord, entre eux, sur ce qu’ils souhaitent.


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Mais c’est là que le bât blesse pour Theresa May. En deux ans, rien n’a avancé. Jusqu’ici, la première ministre a fait cavalier seul, ne tenant pas même les membres de son propre gouvernement au courant des concessions qu’elle était prête à faire et des contours que prendrait le projet d’accord négocié avec Bruxelles. La réaction dans son propre camp a été à la mesure: il a rué dans les brancards, pratiquement comme un seul homme, autant chez les partisans d’un Brexit «dur» que parmi les tenants du «remain», soit un Royaume-Uni qui resterait dans l’UE. C’est cette fronde générale qui s’est exprimée mardi soir.

L’idéal, pour certains, serait un retour à la case départ

Theresa May devrait pouvoir revenir à la case départ, lui disent aujourd’hui certains de ses pairs, réunir toutes les forces en présence, poser clairement les termes du débat sur la table, chercher des points communs y compris avec l’opposition travailliste, lancer un processus qui permettrait de réduire un peu les divergences. Mais les nerfs sont à vif, le temps manque, et il est loin d’être clair que l’Union européenne puisse faire montre de beaucoup de patience, elle qui cherche notamment à lever le plus vite possible les incertitudes liées à cette période chaotique.

Au-delà de toute la confusion supplémentaire qu’il a soulevée, le vote de mardi semble aussi montrer que nombreux sont ceux en réalité à ne pas être mécontents devant ce pourrissement supplémentaire de la situation, qui verrait s’imposer leur propre «solution».

De ce fait, se dégage plus clairement une alternative radicale: ce sera soit un «no deal», c’est-à-dire un départ du Royaume-Uni à l’arraché, soit une nouvelle consultation des électeurs, à qui une classe politique incapable de s’entendre refourguerait le fardeau. Une alternative plus claire, mais aux conséquences toujours aussi périlleuses, au point qu’elles menacent la cohésion même du Royaume-Uni.

Retour en vidéo sur la soirée qui a vu le parlement britannique rejeter l’accord de Theresa May sur le Brexit:

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