Royaume-Uni

Theresa May veut faire de Donald Trump son meilleur allié

La première ministre britannique est ce vendredi la première dirigeante étrangère reçue par Donald Trump. Avec cette visite, elle réussit un coup diplomatique

Difficile de les imaginer plus différents. Theresa May est une Britannique prudente, méticuleuse femme de dossiers, fille de pasteur qui n’aime rien de mieux que de longues promenades à pied dans la campagne anglaise. Donald Trump est un Américain porté sur l’hyperbole et les ascenseurs dorés, amateur de déclarations à l’emporte-pièce, misogyne, qui ne connaît de la campagne britannique que les golfs qu’il a achetés. Leur rencontre à la Maison-Blanche ce vendredi devrait ressembler à «la mère supérieure qui vient visiter la maison de Playboy», ricane l’hebdomadaire The Economist.

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Et pourtant, la première ministre conservatrice ne cache pas son plaisir. Elle est la première dirigeante étrangère à être reçue par le nouveau président américain. Ce succès diplomatique lui permet de placer beaucoup d’espoir dans ce déplacement: elle rêve de faire de Donald Trump son meilleur allié, faisant contrepoids à l’Union européenne dans le cadre de ses négociations sur le Brexit.

«Ere nouvelle»

Jeudi soir, devant un rassemblement de membres du Parti républicain à Philadelphie, Theresa May a esquissé cette alliance entre deux pays qui viennent chacun d’être secoués par un vote qui chamboule l’équilibre en place. «Nous avons cette opportunité, cette responsabilité même, de renouveler la relation spéciale [entre nos deux pays] pour une ère nouvelle. Nous avons l’opportunité d’être à nouveau des leaders [mondiaux], ensemble.»

Cet appel à porter le monde dans une nouvelle direction rappelle irrésistiblement la relation très étroite qu’entretenaient Margaret Thatcher et Ronald Reagan dans les années 1980. Malgré leurs caractères très différents, les deux dirigeants avaient ouvert la voie à une période de trente années de dérégulation et de libre-échange.

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Au cœur des attentes de Theresa May se trouve la signature d’un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Pour la première ministre, un tel rapprochement serait la preuve que le Brexit n’est pas un repli du pays sur lui-même mais au contraire l’émergence d’une «Grande-Bretagne mondiale».

Donald Trump s’est montré très favorable à l’idée. Dans une interview au Times, il a promis de mettre cet accord au point «rapidement». «Je suis un grand fan du Royaume-Uni. On va travailler très dur pour le faire rapidement et bien», expliquait-il.

Nombreux obstacles

Pourtant, les obstacles sont extrêmement nombreux. Tant que le Royaume-Uni est membre de l’UE, Londres n’a pas le droit de signer d’accord de libre-échange, ni même d’engager formellement des négociations. Le président des Etats-Unis s’est de son côté fait élire sur un programme économique protectionniste. Il risque donc de vouloir imposer aux Britanniques des conditions très dures, par exemple en exigeant de pouvoir vendre le bœuf aux hormones américain ou en incitant à privatiser le système de santé britannique.

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Par ailleurs, Theresa May doit faire face aux accusations de vendre son âme au diable, en se précipitant de la sorte auprès d’un président hautement controversé. «Le bénéfice d’une relation étroite et efficace est de pouvoir soulever [les problèmes] franchement et directement avec le président», réplique-t-elle. On verra ce vendredi si elle a finalement osé évoquer sa défense du droit des femmes ou son opposition à la torture.

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