revue de presse

Thomas Hollande, l’effet patrimoine génétique

Jamais sans doute élection présidentielle en France n’avait été à ce point une affaire de famille. Celle de François, Ségolène et les autres, fils aîné en tête. Le nouveau petit prince des socialistes est déjà sacré «président des zipads»

Bien sûr, il y a Valérie Trierweiler, que quelques langues un brin fourchues qualifient déjà de «première concubine de France». Mais surtout, un peu caché par l’aura et la classe de la compagne du nouveau président français, il y a Thomas. Thomas Hollande, fils aîné de Ségolène Royal et de son ex-compagnon. «Cet avocat de 28 ans a géré la communication internet des deux campagnes électorales de ses parents», expliquent la Tribune de Genève et 24 heures, à propos de celui qu’on a vu pas mal briller sur les écrans de télévision ces deux derniers jours, avec son petit air de jeune homme à peine sorti de l’adolescence.

Alors, grave question, la seule: a-t-il des ambitions politiques? Les deux quotidiens lémaniques estiment qu’à 28 ans, «il est déjà porté par un destin exceptionnel», lui qui «a dû consoler sa mère effondrée, au soir du 9 octobre dernier, lorsqu’elle fut sévèrement éliminée dès le premier tour» des primaires socialistes. Du coup, «Thomas Hollande, en tant que trait d’union entre ses deux parents séparés, a tenu un rôle sans doute essentiel pour préserver la bonne harmonie de la campagne socialiste.» Donc, on répète: «Doté d’un tel patrimoine génétique, Me Hollande pourrait-il ne pas se lancer dans la carrière électorale?» Réponse provisoire: pas de ça chez nous, le népotisme est réprouvé par la «République exemplaire», et l’on a assez raillé les ambitions d’un certain Nicolas S. pour son fils Jean S.

N’empêche: c’est bien «une histoire de famille», selon un joli billet du Monde publié dans son édition datée de ce mardi. Extase: «Scène extraordinaire d’une femme qui voulut être présidente de la République et dont les enfants voient maintenant leur père, qui a refait sa vie entre-temps, fêter sa victoire. A cette minute-là, on demande à Ségolène Royal si elle pense aussi à son fils Thomas. Elle dit que «oui, bien sûr», mais reconnaît que «pour lui, c’est plus simple: il s’est engagé dans la campagne, il adore la politique, il est à l’aise avec ça». C’est le cas. Depuis des semaines, le fils aîné de Ségolène Royal et de François Hollande fait campagne pour son père comme il l’avait fait pour sa mère il y a cinq ans. A 20 heures, dimanche, au visage du vainqueur ont succédé, en duplex, ceux de la mère et du fils. Saisissant télescopage entre romanesque et politique. Jamais élection présidentielle n’a été à ce point une affaire de famille.»

«Thomas Hollande plus fort que Pippa Middleton», titre même Le Figaro. C’est dire! «Devant les caméras, il a éclipsé son père au moment précis où [celui-ci] est devenu notre nouveau président de la République. La séquence téléréalité où l’on voit en gros plan le mot «Papa» s’afficher sur son téléphone portable fera date. […] En cinq minutes, Thomas Hollande est passé du statut d’expert web à celui de people, fils à papa médiatique. Exactement ce qu’on a tant reproché à Nicolas Sarkozy intronisant son fils Jean à l’Epad! Sur Twitter, les vannes ont aussitôt fusé» et Le Petit Journal de Canal + a aussi diffusé lundi soir un sketch hilarant sur le sujet.

Dans la réalité, «s’en sont suivies quelques secondes de dialogue dont le téléspectateur ne pouvait pas entendre grand-chose, mis à part les approbations du jeune homme», relate Closer. Mais David Pujadas a cru bon d’ajouter: «Voilà, eh bien on comprend que, comme dans les grandes familles, c’est surtout le papa qui parle.» Cliquez ici pour regarder Thomas Hollande appeler «papa» pour le féliciter de sa victoire. Et le quotidien de droite d’enchaîner: «France 2, chaîne publique, serait-elle tombée amoureuse de Thomas Hollande?»

Le site Rue 89 s’interroge aussi: «Ils nous ont beaucoup montré le petit Thomas Hollande, peut-être futur président des «zipads», heureux comme tout à chaque SMS reçu – les journalistes faisant mine de n’en tirer aucune conclusion. Mais c’est «l’émotion «normale» d’un fils»! proteste France-Soir, site internet pour lequel, tout ça, c’est simplement «la vie. La vie d’une famille «normale». Une joie simple d’un fils qui s’est engagé pour son père comme il le fit en 2007 pour sa mère. Une certaine fierté aussi. Il y a évidemment une part de mise en scène dans tout cela, mais même le côté gauche et la pudeur du fils servent l’idée que les Français se font de cette famille Hollande, l’idée d’une famille «moyenne» qui ne veut rien changer à ce qu’elle était auparavant.»

Alors, il y a évidemment un risque de raillerie, car «à trop vouloir faire naturel, on peut perdre sa nature». N’empêche: «Autant Jean Sarkozy […] était XVIe arrondissement, costumes soignés, études ratées, cheveux gominés, autant Thomas Hollande […] est Ve arrondissement, cheveux en bataille, barbe d’avocat bohème, lunettes intellos.» D’ailleurs, «il suffit aux sympathisants de le regarder pour savoir que tout va bien se passer, écrit GQ Magazine. Ils l’avaient laissé en 2007, cybermilitant un peu emprunté en t-shirt «Désir d’Avenir». Et ils le retrouvent en 2012, avocat à l’air pondéré […], à l’aise avec ses lunettes bobo, sa barbe de trois jours et sa chemise oxford négligemment sortie du jean.» Un vrai héros, on vous dit. Ou un antihéros? C’est toute la question.

Plus sérieusement, Thomas raconte François dans Paris Match. Et là, c’est du miel qui nous coule au fond de la gorge. Ecoutez: «Quand on se disputait, il nous apprenait à relativiser. Il expliquait à mon petit frère comment faire pour éviter que je l’embête. Les histoires à lire le soir avant d’aller dormir, c’était plutôt Ségolène qui s’en chargeait. Lui nous racontait des passages de l’Histoire, des épisodes de la Révolution, des trucs comme ça. Dans la famille, on n’est pas des gens tristes, on aime faire des blagues. François nous faisait rire. Il se fâchait rarement, sauf pour un truc totalement irrationnel: il détestait qu’on fasse tomber ou qu’on casse notre verre quand nous étions à table.»

Alors on va chercher brosse et ramassoire, on sèche ses larmes et l’on relit les lignes écrites à chaud par Titiou Lecoq devant son écran de télé sur le site Slate.fr: «20h07. Je veux pas faire ma fleur bleue mais le split-screen avec d’un côté l’image de Ségolène Royal les larmes aux yeux qui regarde l’image de son fils également en train de pleurer, bah c’était un joli moment de télé. (Non, pas un joli moment de politique, faut pas non plus abuser.)» Et plus tard: «Loooong moment où Thomas Hollande écoute son père lui parler au téléphone et fait «ouais, ok, ouais».» On est aussi parfois bien peu de chose.

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