«Piketty snobe sa nomination à la Légion d’honneur», s’écrie le Financial Times sur sa page Facebook. Dans le Guardian, ça swingue plus encore: «La rock star française de l’économie retourne sa Légion d’honneur», peut-on lire. Et Anne Penketh de rappeler avec perfidie dans les dernières lignes de son article que Thomas Piketty avait déjà fait les grands titres l’année dernière: pour son livre, désormais légendaire, mais aussi pour sa vie privée semble-t-il agitée: «Il appert qu’en mai dernier, sa précédente compagne, Aurélie Filippetti, ex-ministre de la Culture, l’a dénoncé auprès de la police pour violence domestique tandis qu’ils étaient en couple en 2009.» Si ce n’est pas du «French bashing» jusque dans la chambre à coucher, nous ne nous y connaissons pas…

Dans le Wall Street Journal, la consternation française à l’annonce du refus est passée au laser: le correspondant parisien se fait un malin plaisir de reprendre les propos du général Jean-Louis Georgelin, le grand chancelier de la Légion d’honneur, à BFMTV, qui constate un rien désabusé que Thomas Piketty a «réussi ainsi à faire le buzz».

Et dans le NYT à l’enseigne du blog de Jennifer Schuessler, c’est par un rappel effrayé que la nouvelle du refus de l’économiste se conclut: car il est l’homme qui appelle à une taxe sur la richesse de plus de 80% au point d’avoir été surnommé aux Etats-Unis, dans l’émission satirique The Colbert Report, «Pépé The punitive Tax Rate».

En Italie, il y a des commentaires qui prennent des accents épiques, puisque le Corriere s’en va chercher des images dans l’Enfer de Dante pour commenter la décision de l’économiste: «Il gran rifiuto dell’economista…», allusion au refus du pape Célestin V qui eut le mauvais goût d’abdiquer. «Une gifle pour Hollande», continue le journal transalpin. La Repubblica, elle, pointe le message que Picketty veut envoyer à l’Elysée et que certains voudraient voir aussi adressé à l’Italie: celui d’abandonner cette «ligne libérale qui mène le monde au naufrage». Mêmes échos dans le monde hispanophone, de El Pais à El Economista mexicain, on y pointe à nouveau le message que Picketty veut ainsi délivrer au monde dans son refus hypermédiatique: celui de la lutte contre les inégalités.

Et lorsqu’on se tourne du côté des germanophones, c’est la violence du refus qui frappe les esprits, comme le souligne la Welt qui parle de rudesse ou n-tv de «protestation provocante».

Bref: pauvre France et pauvre François Hollande, à qui, décidément, rien ne sera épargné. La chose n’a pas échappé d’ailleurs à la France elle-même, qui se réveille ce matin pour prendre l’ampleur du buzz. Et personne mieux que Jean-Marcel Bouguereau n’en résume la quintessence, dans La République des Pyrénées: «L’année vient de commencer par un nouveau camouflet: en refusant sa Légion d’honneur, l’économiste Thomas Piketty s’est permis hier de faire la leçon [à François Hollande] en affirmant qu’il «ferait bien de se consacrer à la relance de la croissance» plutôt que de distribuer ces distinctions. L’auteur du «Capital au XXIe siècle», un best-seller qui démontre une concentration de la richesse toujours plus grande entre quelques mains, Piketty, donc, fut un des soutiens de Hollande avant de s’en distancer, regrettant qu’il ait enterré sa promesse d’une profonde réforme fiscale.»