France

Thonon à l'heure du grand débat national

Voulu par Emmanuel Macron pour sortir de la crise des «gilets jaunes», un grand débat national a été lancé sur l’ensemble du territoire français. Le premier du genre en Haute-Savoie s’est tenu ce week-end à Thonon-les-Bains

Vendredi à 18h, Marion Lenne se posait encore la question de savoir si trois ou 100 personnes se rendraient à la salle municipale Tully à Thonon. La députée LaREM (La République en marche, le parti présidentiel) de la 5e circonscription de Haute-Savoie y organisait une réunion dans le cadre du grand débat national voulu par Emmanuel Macron pour apporter une réponse à la crise des «gilets jaunes». A 19h, elle était rassurée: près de 200 personnes ont afflué, femmes et hommes, d’âge plutôt mûr, quelques jeunes tout de même, et une vingtaine de «gilets jaunes».

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«Un bel exercice démocratique»

L’élue connaît certains de ces derniers. «Ils sont venus me voir à ma permanence, on a dialogué, je suis allée moi-même à leur rencontre quand ils occupaient un rond-point à la sortie de Thonon», précise-t-elle. Un «gilet jaune» confirme: «Elle nous a écoutés et on apprécie qu’elle publie sur son site ses comptes au centime près. Après tout, c’est nous qui rémunérons les parlementaires avec nos impôts.» Pas de tensions donc, contrairement à Annecy où le maire, Jean-Luc Rigaut, animait au même moment un débat perturbé par des «gilets jaunes» qui ont demandé aux 350 personnes présentes de «venir débattre ailleurs».

A Thonon, Marion Lenne a suivi à la lettre les recommandations de l’exécutif, qui a articulé le débat national autour de quatre thèmes principaux: la transition écologique; la fiscalité et les dépenses publiques; la démocratie et la citoyenneté; l’organisation de l’Etat et des services publics. L’élue accompagnée de référents de LaREM a demandé aux participants de former quatre groupes et d’échanger autour du thème choisi. Ce fut parfois une cacophonie, souvent un fourre-tout. «Mais ça reste un bel exercice démocratique, les Français ne se parlent pas assez, on sent qu’ils ont beaucoup de choses à se dire», tempère Patrice Thiot, conseiller municipal de Thonon.

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«Une faille dans la représentativité»

Des sondages effectués après les 1600 premiers grands débats déjà organisés sur l’ensemble du territoire français placent la fiscalité et les dépenses publiques comme thème prioritaire devant les trois autres. Mais, à Thonon, c’est la démocratie et la citoyenneté qui ont suscité le plus d’échanges. Ce qui est revenu le plus souvent: le vote obligatoire et la prise en compte du vote blanc. Un homme ajoute: «Il faut introduire une dose de proportionnelle. Tous les sondages donnent la liste de Marine Le Pen gagnante aux élections européennes et elle n’a que huit députés à l’Assemblée nationale, vous trouvez ça normal? Il y a une faille dans la représentativité.»

Beaucoup d’échanges ont eu lieu autour du projet de référendum d’initiative citoyenne (RIC) défendu par les «gilets jaunes». La Suisse voisine a été montrée en exemple «parce que là-bas, ce n’est pas l’Etat qui a le dernier mot mais le peuple». Un frontalier qui travaille à Genève explique: «Dans les entreprises par exemple, il y a un débat permanent, les gens parlent de tout, des horaires, des salaires, de covoiturage, il faut faire pareil en France, se réapproprier la parole.» Un «gilet jaune»: «C’est ce que nous avons commencé à faire sur les ronds-points, ils sont devenus comme nos centres du village de jadis.»

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Un grand débat particulier

André, retraité, s’est joint d’emblée au groupe fiscalité. Il demande l’annulation de la hausse de 1,7% de la CSG (contribution sociale généralisée) sur les pensions de retraite. «Ce serait en quelque sorte à nous, non-actifs, de payer le salaire des actifs? Un seul pays ose cela: la France.» Une femme, 50 ans environ, rebondit: «Six ménages sur dix échappent à l’impôt sur le revenu, beaucoup de grosses multinationales ont trouvé des combines pour ne pas être taxées, il faut dire cela à Macron. Il faut que tout le monde mette la main à la poche. Je propose que chaque Français verse 1 euro par mois, ce serait une contribution de solidarité pour aider les plus précaires et nos vieux.»

Aurélie, 27 ans, est venue par curiosité pour écouter et peut-être prendre la parole. Elle est aide-soignante, gagne 1300 euros par mois, fait des ménages «pour compléter». Elle plaide pour un revenu minimum à 1800 euros. Approbation du groupe, qui pointe la spécificité de la Haute-Savoie, département dont le coût de la vie est parmi les plus élevés en France du fait, entre autres, de sa proximité avec la Suisse. «Les Parisiens bénéficient d’une prime de cherté de la vie, pourquoi pas nous?» interroge quelqu’un. «Les technocrates parisiens ne viennent ici que pour faire du ski ou pour autre chose à Genève. Il faut absolument remonter tout cela là-haut», entend-on.

Sergio, figure locale des «gilets jaunes», a fait un petit tour et s’en est allé sur ces mots: «C’est de l’enfumage, je vais me coucher, demain on marche à Thonon.» Lancé le 15 janvier, le grand débat s’achève le 15 mars. A compter du 1er mars, se tiendront des conférences citoyennes régionales associant des Français tirés au sort. La réalisation des synthèses est fixée à avril. Par ailleurs, chaque Français peut contribuer en ligne au débat sur la plateforme www.granddebat.fr.

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