Le 4 juin 1989 reste une date sensible, compliquée, interdite pour les Chinois. Ce jour-là, la police entreprenait de dégager la grande place pékinoise qui depuis six semaines était occupée par des dizaines de milliers de personnes, étudiants, intellectuels, mais aussi ouvriers, qui dénonçaient la corruption et réclamaient la démocratie. On ne sait pas combien de morts la répression a fait – de quelques dizaines à plusieurs centaines, les estimations sont très diverses. Mais depuis, le 4 juin, rebaptisé «35 mai» par les internautes pour échapper à la censure, est devenu un jour tabou.

Ainsi ce mardi, la police a interdit l’accès au cimetière de Wanan, à l’ouest de Pékin, demandant aux journalistes présents de quitter les lieux, raconte l’AFP. C’est dans ce cimetière que les familles des étudiants tués par l’armée chinoise ont l’habitude de se rendre pour des cérémonies de souvenir. Des rassemblements surveillés de près par les forces de l’ordre.

Ce mardi aussi, la censure est draconienne sur les réseaux sociaux, où toute recherche portant sur la date du 4 juin, ou des mots tels que «Tiananmen» ou «bougie» sont bloqués. La communauté chinoise sur Internet fait cependant œuvre d’inventivité pour passer le filtre de la censure – en témoigne la photo qui illustre cet article, tirée du compte Weibo d’un internaute.

Ce n’est évidemment pas un hasard: le Global Times publie aujourd’hui un long éditorial à la gloire de la censure sur le Net, citant au passage la Cour constitutionnelle de Karlsruhe pour conclure que l’Internet filtré est une nécessité. «Certains disent que toute régulation d’Internet est antidémocratique. Cette voix trompeuse soutenue par l’Occident fait que la régulation d’Internet en Chine rencontre plus de résistance ici que dans d’autres pays. Pourtant […] la régulation n’est pas seulement l’incarnation de la volonté de l’Etat, elle repose sur l’intérêt public. […] Et les Chinois ont compris que la liberté d’expression ne peut pas aller contre l’ordre social.»

Est-ce pour cette raison que la version protégée de Wikipédia en htpps est inaccessible depuis plusieurs semaines en Chine? Seule est disponible la version http, qui a été soigneusement expurgée, a remarqué le site Greatfire, qui étudie la censure chinoise…

Par ailleurs, les autorités ont fait taire ou écarté quelques dissidents et défenseurs des droits de l’homme particulièrement surveillés, a indiqué l’organisation China Human Rights Defenders, basée à Hongkong.

Ce qui passe une fois de plus par Internet. Liu Xiaoyuan, un avocat et militant des droits de l’homme, a ainsi annoncé sur Twitter que son compte de microblog chinois avait été neutralisé après qu’il eut publié l’image d’une bougie appelant à se souvenir des victimes de Tiananmen.

«Dans ce pays, tout l’enjeu revient à allumer ou à éteindre une bougie», lui a répondu aussi sur Twitter l’artiste contestataire Ai Weiwei. Lui commémore différemment: son installation à la Biennale de Venise reproduit les conditions de sa détention de 81 jours en 2011.