Revue de presse

Tiananmen, vingt ans après, le tabou

Vingt années se sont écoulées. La presse de Hongkong et de Taïwan traite, dans son ensemble, longuement de la répression de la nuit du 3 au 4 juin 1989. Mais en Chine continentale, c’est «black-out» et censure généralisée

Vingt années se sont écoulées. La presse de Hongkong et de Taïwan traite, dans son ensemble, longuement de la répression de la nuit du 3 au 4 juin 1989. Mais en Chine continentale, c’est «black-out» et censure généralisée.

Pour la presse chinoise continentale, le mercredi 3 juin 2009 était un jour comme un autre. La rencontre entre le président Hu Jintao et le secrétaire d’Etat américain au Trésor, Timothy Geithner, occupe la une des quotidiens ce mercredi matin, et l’anniversaire de la répression de Tiananmen est absent. La presse de Hongkong et de Taïwan, en revanche, n’a, dans son ensemble, pas oublié l’événement. Hong­kong, notamment, est depuis vingt ans la scène des commémorations les plus importantes de la répression du 4 juin 1989 et la base de repli de nombreux dissidents de Tiananmen, perpétuant, selon les démocrates, la flamme du souvenir. Car en vertu du principe «un pays, deux systèmes», garanti après la rétrocession, les Hongkongais bénéficient de bien plus de libertés que leurs compatriotes du reste de la Chine, notamment de la liberté de presse et de manifestation.

Le South China Morning Post (SCMP), principal quotidien hong­kongais de langue anglaise, ouvre ainsi ses pages à «un dissident de Tiananmen refusé d’entrée à Hong­kong». Xiang Xiaoji, en exil depuis dix ans aux Etats-Unis et détenteur d’un passeport américain, avait pourtant pu participer à la commémoration du 4 juin en 1999. Avant sa détention et son renvoi quasi immédiat à New York, l’ancien étudiant s’est félicité que «Hongkong soit le seul lieu de Chine où les gens peuvent se souvenir du 4 juin. C’est très impressionnant. Bien que tout petit, c’est le point lumineux de la démocratie en Chine.» Mais «maintenant, le mouvement démocratique n’est pas vraiment structuré et plus faible qu’il y a vingt ans», relativise cependant Jimmy Lai, magnat de la presse et l’un des critiques les plus actifs de Pékin, dans son journal Apple Daily.

Le SCMP poursuit son long dossier par l’analyse d’un article publié dans le quotidien officiel chinois de langue anglaise Global Times. Onze intellectuels chinois y expliquent que «le mouvement démocratique avait été provoqué par les incertitudes et les insécurités de la réforme alors en cours» et qu’après avoir «réalisé que le modèle de démocratie occidentale n’était pas adapté», il «s’était résigné au silence». Le quotidien hongkongais donne aussi la parole à Han Dongfang, un ouvrier manifestant devenu célèbre en 1989, et fondateur du China Labour Bulletin à Hong­kong: «Le public, intellectuels compris, craint une autre répression quand il exprime des opinions différentes. Il faut expliquer clairement que si le Parti communiste n’avait pas tiré sur les étudiants, le pays aurait tout de même pu se développer et que ce n’est pas la répression qui a accéléré la réforme économique.»

Un commentateur politique de Hongkong, Poon Siu-to, se moque quant à lui du gouvernement chinois: «Si les autorités de Pékin sont confiantes, pourquoi publient-elles ce commentaire uniquement dans le Global Times, que le public continental ne peut pas lire? Le silence des intellectuels ne veut pas dire qu’ils ne sont pas intéressés à discuter des modèles occidentaux et d’autres idées politiques. Conclusion? Elle ne devrait être tirée qu’à la fin du règne du parti unique et avec la création de médias libres.»

Comme le SCMP, le Ming Pao, considéré comme le plus sérieux des quotidiens hongkongais en mandarin, traite longuement et depuis plusieurs jours du 4 juin. Il donne la parole à plusieurs anciens manifestants. Parmi eux, Cai Ling demande au gouvernement chinois «d’avoir le courage d’expliquer la vérité, de relâcher les prisonniers politiques de 1989 et de lever le mandat d’arrêt contre les leaders étudiants». L’accès au site internet du journal est bloqué depuis la Chine, comme c’est le cas des quotidiens de Hongkong et de Taïwan en langue chinoise.

Car Pékin censure toutes les informations sur la répression du mouvement démocratique, ce qui affecte Internet mais aussi les télévisions étrangères diffusées dans le pays. Ce mercredi, les internautes chinois n’ont pu se connecter à plusieurs services de Microsoft, comme le tout nouveau moteur de recherches Bing ou sa messagerie Hotmail, ou encore au réseau social Twitter. Ce qui donne lieu à des échanges sur les forums de discussion de sites spécialisés, où les événements de 1989, tabous en Chine, sont évoqués à demi-mot. Sur le site DoNews consacré aux nouvelles technologies, un internaute répond par exemple aux interrogations en écrivant: «Ce n’est pas Microsoft qui le fait exprès… c’est parce que… demain… par conséquent…»

Cependant, le black-out semble présenter des failles, car si des sites internet comme celui de la BBC en chinois sont inaccessibles, d’autres, comme Google China, proposant des photos de la répression, étaient visibles ce mercredi. Sans compter que des journalistes accrédités en Chine ont également été empêchés de filmer sur la plus grande esplanade du monde. Les télévisions étrangères, diffusées sur le câble pour un public assez réduit, ont aussi été victimes de la censure. Un écran noir apparaissait sur CNN China ou sur la BBC dès que les présentateurs annonçaient des sujets sur les événements de 1989. La chaîne francophone TV5Monde a également été censurée.

A Taïwan, le quotidien de langue anglaise Taipei Times consacre sa une au blocage d’une résolution de l’opposition visant à réclamer des excuses de Pékin pour le massacre de Tiananmen par la majorité parlementaire, favorable à un rapprochement avec la Chine. «Nous savons que le 4 juin 1989 représente un événement historique majeur lié aux droits de l’homme et à la liberté, explique le député de l’opposition Ker Chien-ming. Cette année marque le 20e anniversaire du massacre et nous croyons que le parlement et le gouvernement devraient exprimer leur position sur cet incident.» Le président taïwanais aurait critiqué Pékin depuis de longues années, mais il aurait arrêté de le faire depuis son arrivée au pouvoir, explique le chef de l’opposition. De son côté, le China Post ne publie qu’une dépêche de l’Agence France-Presse sur les arrestations des anciens dissidents.

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