Combien de temps peut-il encore rester en retrait? En arrivant au pouvoir, Joe Biden a fait un choix: déplacer le curseur de la politique étrangère américaine vers la Chine, en reléguant le conflit israélo-palestinien au second plan, bien conscient des faibles chances de parvenir à un accord de paix. Sauf que les récentes flambées de violences dans la région rendent cette position difficile. Et exacerbent les frustrations. 

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Toujours pas d'ambassadeur

Au sein du parti démocrate, la cause palestinienne a gagné en soutien, en réaction notamment à la position très pro-Israël de Donald Trump. Joe Biden est pressé par l'aile gauche de son parti de s'impliquer davantage. Ses prédécesseurs s'étaient tous montrés plus actifs. Du démocrate Bill Clinton, qui a organisé un sommet israélo-palestinien lors de sa première année de présidence, au républicain Donald Trump, déterminé à conclure un accord de paix, en passant par Barack Obama, qui dès son deuxième jour au pouvoir, a nommé un envoyé pour la paix au Moyen-Orient. Rien de tel chez Joe Biden. Il est favorable à une solution à deux Etats, sans pour autant multiplier les efforts pour convaincre les parties. 

Alors que les tirs de roquettes pleuvent sur Tel Aviv et que les frappes aériennes sur Gaza se multiplient, cette passivité est critiquée. Joe Biden a nommé des émissaires spéciaux pour l'Iran, la Libye, la Corne de l'Afrique et le Yémen, mais a tardé à le faire pour le Proche-Orient. Ce n'est que mercredi que le Secrétaire d'Etat Antony Blinken a annoncé l'envoi d'un émissaire américain sur place, en appelant dans la foulée Israël à «faire tout son possible pour éviter les victimes civiles», après un échange téléphonique avec le premier ministre israélien. Peu après, Joe Biden a fait savoir qu'il s'était lui aussi entretenu avec Benyamin Netanyahou, et Antony Blinken avec le chef de l'Autorité palestienne, Mahmoud Abbas. «Mon espoir est que la situation soit résolue aussi rapidement que possible, mais Israël a le droit de se défendre quand des milliers de roquettes sont tirées vers son territoire», a commenté le président démocrate. 

Pour Martin S. Indyk, ex-ambassadeur américain en Israël et ancien envoyé spécial pour les négociations israélo-palestiniennes, il y a une priorité. Il faut «de toute urgence un ambassadeur à Jérusalem et un consul général sur place qui puisse traiter avec les Palestiniens», écrit-il sur Twitter. «Je ne comprends pas pourquoi la Maison-Blanche met autant de temps. Personne ne semble capable de l'expliquer.» Donald Trump avait lui très vite nommé un ambassadeur, puis décidé de déplacer l'ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Il a aussi choisi de fermer le consulat à Jérusalem-Est. 

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«Faire preuve de retenue»

Depuis mardi, l'administration Biden a réagi aux nouvelles escalades de violences, mais de manière mesurée. Joe Biden a d'abord appelé les deux parties à «faire preuve de retenue». Une posture que Gilad Erdan, l'ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, conscient du changement de politique à la tête des Etats-Unis, a jugé «inacceptable». «Il est impossible de mettre dans le même message des déclarations de dirigeants israéliens qui appellent au calme aux côtés des instigateurs de violences et des organisations terroristes qui lancent des missiles et des roquettes», a-t-il dénoncé sur Twitter.

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Côté palestinien, l'insatisfaction gronde aussi. Cette fois, à cause de l'intervention des Etats-Unis au Conseil de sécurité de l'ONU pour freiner une déclaration jugée trop défavorable à Israël. Mercredi, une nouvelle réunion d'urgence au sein de l'instance s'est achevée sans déclaration commune, toujours en raison de l'opposition des Américains. Quatre membres européens du Conseil de sécurité - la Norvège, l'Estonie, la France et l'Irlande - ont du coup décidé de publier leur propre communiqué, dans lequel ils déplorent «le grand nombre de victimes civiles, dont des enfants, dues à des frappes aériennes israéliennes à Gaza» ainsi que «les morts israéliennes causées par des roquettes lancées de Gaza». Ils appellent surtout Israël à «cesser les activités de colonisation, de démolition et d'expulsion (de Palestiniens), y compris à Jérusalem-Est».  

Naviguant au milieu d'un jeu de pressions, l'administration Biden balaie les critiques. Mais Joe Biden marche sur des oeufs. Il est conscient qu'une pression accrue sur le gouvernement israélien pourrait compliquer les tractations pour rétablir l'accord sur le nucléaire iranien.

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Les républicains, qui viennent d'expulser l'élue Liz Cheney, très critique envers Trump, de la hiérarchie du parti, profitent de ce malaise. La veille de l'entretien entre Biden et Netanyahou, Donald Trump a publié un communiqué sur sa nouvelle plateforme pour dénoncer le «manque de soutien» de Biden à Israël, qui «conduit à de nouvelles attaques contre nos alliés». 

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