Finlande

Timo Soini ou la préférence aux Finlandais

Longtemps resté en marge, le parti des Vrais Finlandais fera une percée aux élections législatives dimanche. Son leader prend toutefois soin de se distancier de l’extrême droite traditionnelle

Timo Soini ne boude pas son plaisir. A Helsinki, le dernier grand débat public de la campagne électorale vient de se clore. Les autres têtes de liste en lice pour les législatives de dimanche se sont éclipsées. Lui est resté pour répondre aux médias. Droit comme un i, le sourcil en bataille, il distille piques et critiques. «L’Europe trait la Finlande comme une vache à lait», «nous défions les élites», «je n’ai peur de personne… sauf de Dieu». Le chef des Vrais Finlandais, un parti nationaliste contestataire, est l’aimant de cette campagne. A 49 ans, il a hissé sa modeste formation dans les sondages au niveau, ou presque, des grands partis traditionnels.

Ses talents d’orateur, il les exerce au Parlement européen depuis 2009. Après le scrutin de dimanche, il rêve de les utiliser au sein de la prochaine coalition gouvernementale finlandaise. Les derniers sondages lui permettent d’espérer. Ils donnent à son parti entre 16 et 18% des voix, contre 4% aux législatives de 2007. Toutes les autres formations, à l’exception des Verts, envisagent désormais une entrée des Vrais Finlandais au gouvernement.

Ce mouvement est longtemps resté en marge. Les Vrais Finlandais (Perussuomalaiset) sont issus du Parti rural, populiste et anti-élites. Son chef, Veikko Vennamo, était le père spirituel de Timo Soini, qui a repris le flambeau en 1995, dans l’indifférence générale. Son discours anti-européen restait sans écho dans un pays qui, cette année-là, entrait dans l’Union européenne pour mieux s’ancrer à l’Ouest, après trois quarts de siècle de voisinage direct avec l’Union soviétique.

«Aujourd’hui, beaucoup de gens ont relégué cet apport en arrière-plan, note Teija Tiilikainen, la directrice de l’Institut finlandais des affaires étrangères. D’une approche positive de l’Europe, on est passé à une vision plus sceptique et comptable.» Selon elle, la montée des Vrais Finlandais est directement liée au plan d’urgence monté par l’UE pour sauver la Grèce.

«Les Grecs nous ont menti sur leurs comptes, qu’ils se débrouillent tout seuls!» lâche Timo Soini. Peu nombreux sont ceux qui ont osé le contrer durant la campagne. «Ni les médias ni les autres partis n’ont été assez critiques à son encontre», regrette Petri Sarvamaa, un ancien journaliste qui se présente sous les couleurs du Parti conservateur, membre de la coalition sortante, en tête dans les sondages (20%).

Dans les quartiers populaires et les campagnes, Timo Soini a la cote parce qu’«il ne parle pas comme les autres et dit les choses comme elles sont», glisse Jussi, un magasinier au chômage attablé dans un bar. «Lui, au moins, il n’a pas peur de dire qu’il y a trop d’immigrés.» Tout est relatif. Environ 3% des 5,4 millions d’habitants sont nés à l’étranger. On compte quelque 40 000 musulmans. Mais l’arrivée de réfugiés à partir des années 1990 a souligné l’absence de tradition d’accueil. Ceux qui s’en méfient ont rejoint les Vrais Finlandais, parti qui accueille une aile extrémiste.

Tout en jouant sur cette ambiguïté, Timo Soini prend soin toutefois de se distancier de l’extrême droite traditionnelle. «L’immigration? Ce n’est pas une grande affaire en Finlande, parce qu’elle reste à un niveau modeste. Mais c’est un sujet qui fait vendre, admet-il sans détour. Au Parlement européen, insiste-t-il, je ne siège pas avec les députés du Front national et je ne partage pas leurs idées.»

Les Vrais Finlandais tirent aussi profit d’affaires de corruption impliquant des partis traditionnels. Et ils ont beau jeu de mettre leurs rivaux dans un même panier, alors que le pays a été souvent dirigé par de larges coalitions où les conservateurs (pro-nucléaires) peuvent, sans problème, siéger avec les Verts ou les anciens communistes.

Les Vrais Finlandais se dirigent-ils sur cette voie-là? Selon Teija Tiilikainen, Timo Soini a assoupli son discours ces derniers temps dans l’espoir de décrocher un ministère. «Je suis prêt à des compromis sur tout, lance l’intéressé, sauf sur l’adoption de nouveaux plans d’aide européens aux pays en difficulté.»

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