Pour la deuxième fois en trois ans, la Corée du Nord semble avoir réussi, dimanche matin, à mettre un satellite en orbite. Unanimement condamné comme un tir de missile longue portée, cet essai doit encore être pleinement confirmé. Mais le commandement stratégique des Etats-Unis a déclaré avoir détecté un engin pénétrant l’espace. De son côté, l’armée sud-coréenne a également affirmé que la fusée avait mis un objet en orbite.

Ce tir intervient juste un mois après un quatrième test nucléaire du régime communiste qui affiche une croissante et inquiétante capacité de nuisance balistique et atomique. Surtout, cet essai réussi démontre une nouvelle fois que la communauté internationale a largement échoué à contrôler et empêcher les agissements de Pyongyang depuis une vingtaine d’années.

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Trois heures après le lancement, les autorités nord-coréennes ont claironné avoir «placé en orbite, avec succès, notre satellite d’observation de la terre Kwangmyong 4». Comme lors de son dernier essai réussi en décembre 2012, avec Voie lactée (Unha-3), Pyongyang a indiqué que sa fusée transportait un satellite d’observation. Il a rappelé son droit légitime à une utilisation «pacifique et indépendante», tout en précisant toutefois que ce tir constituait «une avancée dans le renforcement de notre capacité de défense».

«Absolument intolérable»

L’engin, qui s’est élevé du pas de tir de Tongchang-ri (ouest du pays, à une cinquantaine de kilomètres de la Chine) aux environs de 9h00 (heure de Pyongyang) a vite été repéré par les radars sud-coréens qui ont perdu sa trace à 9h06. La fusée a suivi le plan de vol communiqué la semaine dernière à l’organisation maritime internationale, le premier étage du lanceur s’est abîmé au large des côtes occidentales de la Corée du sud et des débris ont également été repérés près de l’île de Jeju au sud de la péninsule.

Le tir a été dénoncé par le Japon comme un acte «absolument intolérable», en «nette violation» des résolutions votées par le Conseil de sécurité des Nations unies ces dernières années. Park Geun-Huye, la présidente sud-coréenne a exigé de l’ONU l’adoption de «mesures punitives fortes». Washington a parlé d’une «nouvelle action déstabilisatrice et provocatrice». Principal allié et partenaire commercial de Pyongyang, la Chine, qui avait fait part de son «opposition» lors du dernier test nucléaire de janvier, a évoqué ses «regrets» aujourd’hui. Le Conseil de sécurité s’est réuni en urgence à New York dimanche.

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La Corée du Nord a déjà remporté une course de vitesse. Samedi, Pyongyang avait modifié ses dates de vol, avançant la fenêtre de tir du 7 au 14 février au lieu du 8 au 25, initialement prévue. Il n’a pas attendu longtemps avant de mettre son plan à exécution. En plus des aléas climatiques, le régime pourrait avoir été tenté d’afficher ses performances juste avant le 16 février, jour anniversaire de Kim Jong-il, le géniteur de Kim Jong-un et le père des programmes balistiques et nucléaires. Il a déjà, par le passé, calé ses tirs en fonction des grandes dates nationales. Nul doute que le troisième rejeton de la dynastie Kim pourra se prévaloir de ses essais lors du congrès historique du Parti des travailleurs qui ne s’est pas réuni depuis 1980.

L’engin tiré dimanche serait un Taepodong-2, un missile que la Corée du Nord utilise et perfectionne depuis 1998. Il pourrait désormais parcourir une distance de 10 000 kilomètres et constitue la pièce maîtresse de son programme balistique. Celui-ci n’a jamais cessé de se développer depuis une vingtaine d’années.

Le nucléaire pour survivre

En dépit des résolutions 1718 et 1874 du Conseil de sécurité de l’ONU, exhortant Pyongyang à ne procéder à «aucun nouvel essai nucléaire ou tir recourant à la technologie des missiles balistiques», la Corée du Nord a poursuivi ses projets. Mieux, ceux-ci se sont accélérés depuis l’arrivée au pouvoir, en décembre 2011, de Kim Jong-un qui réalise les rêves de son père. Le régime travaille à la miniaturisation de ses têtes nucléaires qui pourraient être chargées sur ses missiles.

Le régime n’acceptera jamais un arrêt de ce programme, tout comme il n’envisagera jamais une dénucléarisation de son arsenal qui lui garantit sa survie. Il a médité la leçon libyenne et le désarmement entrepris par Khadafi après 2001. Chassé du pouvoir, bombardé par les troupes occidentales, le dictateur de Tripoli a fini exécuté.