Crise sino-japonaise

Tokyo essuie un revers diplomatique

Les autorités nippones ont fini par libérer le capitaine d’un chalutier chinois retenu depuis le début du mois afin d’apaiser une querelle bilatérale avec Pékin. Le Japon a fini par céder aux pressions politiques et économiques d’une Chine plus sûre d’elle

La justice nippone a annoncé vendredi la libération d’un pêcheur interpellé le 8 septembre près d’îlots de Mer de Chine orientale, sous le contrôle du Japon mais revendiqués aussi par la Chine, ainsi que par Taïwan. Cet officier de marine chinois était soupçonné par Tokyo d’avoir délibérément cogné son navire contre deux patrouilleurs nippons autour de ces îles, appelées Senkaku en japonais et Diaoyu en chinois.

Les autorités japonaises avaient affirmé à plusieurs reprises que son cas serait jugé conformément à la loi nippone, mais la raison diplomatique semble avoir pris le dessus, à l’issue de plus de deux semaines de pressions et menaces répétées venant de Pékin. «Ceci montre la faiblesse de la diplomatie japonaise», souligne Hidenori Ijiri, professeur de géopolitique à l’Université d’études internationales de Tokyo.

Pékin a su agiter et mettre à exécution ses avertissements: le gouvernement chinois a interrompu tout contact de haut niveau avec les responsables politiques nippons, suspendu les exportations de métaux rares, selon des maisons de négoce japonaises, et annulé la venue d’un millier de jeunes Nippons à l’Exposition universelle de Shanghai. «La Chine a fait monter la pression sur le Japon via différents biais, ce qui a lentement mais sûrement fait plier l’archipel», souligne Hidenori Ijiri.

Le Japon pourrait aussi avoir payé l’inexpérience en la matière de son exécutif de centre gauche, au pouvoir depuis à peine un an après plus d’un demi-siècle de règne quasi continu des conservateurs. «Cet incident montre que les dirigeants de la formation au pouvoir, le Parti démocrate du Japon (PDJ), n’ont pas encore fondé de véritable corpus diplomatique», regrette Takehiko Yamamoto de l’Université de Waseda.

Et le même d’ajouter que le jour de l’arraisonnement du chalutier chinois, le PDJ préparait une élection interne décidant du sort du premier ministre Naoto Kan, ce qui a pu empêcher les autorités d’agir vite et de façon appropriée.

Autre élément jouant en défaveur du Japon, les conséquences de sa brouille récente avec son plus proche allié, les Etats-Unis, à propos du déplacement d’une base militaire américaine sur l’île d’Okinawa (sud). Les Américains n’ont affiché qu’un soutien minimal aux Japonais dans cette affaire, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton se contentant d’appeler les deux parties au dialogue.

«Ceci montre que, sur le plan politique, le Japon ne peut faire face à la Chine tout seul. Il doit garder de bons rapports avec Washington tout comme avec les pays d’Asie du Sud-Est», note Hidenori Ijiri.

Les dirigeants des Etats d’Asie du Sud-Est, dont nombre sont en proie à des querelles territoriales avec la Chine, pourraient d’ailleurs être impressionnés par cette démonstration de puissance diplomatique chinoise, estime Li Mingjiang, de l’Institut S. Rajaratnam de recherche international de Singapour. «Beaucoup dans la région vont en conclure que la tactique de pression de Pékin a fonctionné», souligne-t-il.

Selon lui, «cette crise envoie un signal à tous les Etats revendiquant quelque chose en Mer de Chine du Sud: ils devront faire preuve de retenue, sous peine de se retrouver dans une situation de crise très difficile à gérer avec la Chine ascendante».

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