«Je rejette ces pratiques et je réclame l'ouverture d'une enquête par la police militaire car c'est indigne de Tsahal.» Il n'a pas fallu une heure au brigadier général Moshé Yaalon (le chef d'état-major de l'armée israélienne) pour réagir à la publication, vendredi matin, par le quotidien populaire Yedioth Aharonoth (le journal le plus vendu du pays), d'un dossier de cinq pages révélant que des soldats de l'Etat hébreu se livrent depuis plusieurs années à des jeux macabres sur les dépouilles de Palestiniens tués au combat (Lire Le Temps du 19 novembre). Certains se faisant photographier à côté des morts ou jouant avec des morceaux de corps.

Illustré de photos transmises au journal par des soldats dénonçant ces comportements, ce dossier est accablant pour certaines unités d'élite servant dans les Territoires. Il provoque en tout cas un tollé au sein du monde politique, dans l'establishment militaire, ainsi qu'au sommet de la hiérarchie religieuse. «Tsahal doit identifier immédiatement les auteurs de ces faits et la justice militaire doit se montrer intraitable», a ordonné le ministre de la Défense, Chaoul Mofaz, en visite à Rome. Quant au grand rabbin de l'armée Israël Weiss, il s'est déclaré «choqué et pris de tremblements» par les témoignages qu'il venait de lire. «Ces soldats sont nos enfants mais ce qu'ils ont fait n'a rien à voir avec le judaïsme qui interdit que l'on danse sur le sang de ses ennemis», a-t-il poursuivi. Des propos semblables à ceux de l'ancien responsable du département «Education» de Tsahal pour lequel «les comportements nauséabonds se sont fortement développés depuis le déclenchement de l'Intifada». Et d'ajouter: «Même si notre combat est juste, nous devons nous demander si certains d'entre nous n'ont pas perdu leur sens des valeurs à force d'être plongé dans le stress de la guerre.»