C’était la troisième fois qu’un second tour opposait les deux hommes, et le nationaliste Tomislav Nikolic a créé la surprise, en parvenant finalement à battre dimanche le président sortant, le démocrate Boris Tadic (49,55% contre 47,30%, et 3,15% de bulletins nuls ou blancs).

Le nouveau président, âgé de 60 ans, surnommé le «fossoyeur», car il fut autrefois directeur d’une entreprise de pompes funèbres, a commencé sa carrière politique au tout début des années 1990, dans les rangs du Parti radical serbe, l’extrême droite nationaliste. Tomislav Nikolic devient vite vice-président du parti, député au parlement de Serbie, puis vice-premier ministre de Slobodan Milosevic. En 2002, après la «révolution démocratique», Vojislav Seselj, le chef des radicaux, doit prendre la route de La Haye, inculpé de crimes de guerre par le TPIY. C’est à Tomislav Nikolic que revint alors la lourde tâche de «garder la maison radicale» et d’organiser le soutien à l’accusé Seselj.

Le Parti radical obtint ses plus grands succès électoraux dans les années 2000, en incarnant une opposition résolue aux nouvelles élites démocratiques serbes, et en se posant en défenseurs des exclus de la «transition» économique. Le parti restait cependant toujours bloqué sous le «plafond» de 30% des voix, et Tomislav Nikolic, appuyé par son bras droit Aleksandar Vucic, décida en 2008 de rompre avec la tradition du radicalisme et de créer une formation «recentrée», le Parti progressiste serbe (SNS), qui se présente comme «conservateur et pro-européen». La stratégie a été couronnée de succès.

Du coup, les différences idéologiques entre les principales formations politiques serbes se sont beaucoup atténuées. La scène politique serbe n’est plus coupée en deux par un «fossé» séparant les démocrates et les nationalistes. Le SNS comme le Parti démocrate (DS) de Boris Tadic partagent officiellement le même credo, basé sur deux axiomes: la défense de la souveraineté serbe sur le Kosovo et la poursuite de l’intégration européenne du pays.

Engagement européen

Les dirigeants européens ont félicité le nouvel élu – ils s’y sont même pris en avance, un communiqué de félicitations ayant été par erreur rendu public dans l’après-midi de dimanche, quelques heures avant la fermeture des bureaux de vote. Ils ont appelé Tomislav Nikolic à «confirmer» son engagement européen mais, qu’il s’agisse de la reprise du dialogue avec le Kosovo ou des négociations avec Bruxelles, aucun agenda n’est fixé.

L’élection de Tomislav Nikolic n’entraînera pas forcément de grands changements dans la politique serbe. Constitutionnellement, le président a des pouvoirs très limités, même si Boris Tadic outrepassait les limites de sa charge, en jouant de son autorité politique, puisqu’il cumulait les charges de chef de l’Etat et de président du Parti démocratique. Au contraire, Tomislav Nikolic s’est engagé à renoncer à la direction du SNS, promettant d’être le «président de tous les citoyens». Le profil de cet apparatchik terne, auquel on ne connaît ni vice ni passion, promet au moins une présidence «modeste».

De surcroît, les grandes tractations ne font que commencer pour la formation d’un gouvernement, ni le SNS ni le DS n’ayant la majorité suffisante. Le Parti socialiste de Serbie (SPS), l’ancienne formation de Milosevic, se retrouve plus que jamais en position d’arbitre et entend bien monnayer au plus fort prix possible les 15% obtenus lors des élections législatives du 6 mai. Toutes les combinaisons sont donc possibles et les tout-puissants oligarques qui contrôlent l’économie serbe et avaient joué un rôle déterminant, en 2008, dans la formation d’une coalition entre le DS et le SPS, ne resteront certainement pas inactifs.