Toni Musulin n’est-il qu’un pauvre hère, épuisé après seulement onze jours de cavale? Ou un être machiavélique, froid, qui a parfaitement calculé son coup? Deux portraits radicalement différents se dessinaient mardi, après la reddition du convoyeur de fonds à Monaco et son transfert à Lyon, où il doit être présenté mercredi à un juge d’instruction.

Pour la première version – le brave homme dépassé par son acte, harassé et pressé de soulager sa conscience – on peut se fier aux policiers monégasques: ils ont vu débarquer chez eux, lundi vers 12h45, un motard mal rasé, aux yeux rougis, affamé, comme exténué par une longue errance. L’air «bizarre», aussi, mais qui a facilité le travail des autorités en se laissant remettre à la police française en homme libre, sans menottes et sans procédure d’extradition.

Et puis, il y a son avocat lyonnais, Christophe Cottet-Bretonnier: «C’est quelqu’un de solitaire, qui avait décidé de couper avec sa famille. [Mais] ce n’est pas le criminel habituel; la cavale, les planques, la pression, c’était pas pour lui, a-t-il déclaré. Je ne l’ai pas trouvé particulièrement fatigué. J’ai eu affaire à quelqu’un de lucide, de calme et de serein. Il est déterminé à assumer ses responsabilités et surtout à se défendre.» Surtout, «se rendre spontanément à la police pour être jugé n’a rien à voir avec une interpellation. C’est forcément un argument qui entrera en ligne de compte.»

Mais justement, ce côté coopératif, cette reddition trop facile semblent suspectes aux policiers lyonnais. Qui ont laissé filtrer, mardi, leurs premières impressions. Elles ne sont pas favorables à Toni Musulin: l’homme ne parle pas – il n’a pas dit un mot durant les quatre heures de voyage entre Monaco et Lyon –; il prendrait les policiers «pour des crétins», selon un enquêteur cité par Le Point; il aurait soigneusement planifié sa reddition pour encourir la peine minimale, trois ans de prison pour «vol simple». Ce qui implique d’avoir agi seul ou, au moins, de taire l’implication d’éventuels complices – car si la police découvre qu’il a agi en «bande organisée», la peine peut passer à quinze ans.

Toni Musulin n’a toujours pas dit où sont cachés les 2,5 millions d’euros qui lui restent sur les 11,6 dérobés le 5 novembre dernier. La police le soupçonne d’avoir emmené son butin en moto vers la Serbie, avant de revenir vers Monaco en passant par l’Italie. Un pays où il aurait «très bien pu rester tranquillement» au lieu de se rendre, a déclaré à l’AFP une source judiciaire qui évoque l’hypothèse d’une reddition «planifiée».

Enfin, il faudra comprendre d’où venaient la Ferrari, l’immeuble acheté près de Lyon et les 100’000 euros d’économies découverts après la fuite du convoyeur, qui gagnait 1700 euros par mois.