Avant que M. Blair ne prenne la parole, le président de la commission, John Chilcot, a rappelé que l’engagement du Royaume-Uni dans ce conflit impopulaire restait «un sujet qui divise et qui provoque des émotions tranchées», notamment parmi les familles des 179 soldats britanniques tués en Irak.

Tony Blair, costume gris et cravate bleue, s’est ensuite exprimé sur le régime de Saddam Hussein après les attentats du 11 septembre 2001. «Après cette époque, mon opinion était qu’on ne pouvait pas prendre de risques avec ces questions», a-t-il estimé. «On nous a dit que ces gens utiliseraient des armes chimiques ou biologiques ou nucléaires s’ils pouvaient en obtenir […] Cela a complètement changé notre évaluation des risques» posés par des pays comme l’Irak, l’Iran, la Libye, selon lui. Après le 11 septembre, le régime de Saddam Hussein «n’en avait objectivement pas fait plus mais c’est notre perception du risque qui avait changé», a-t-il ajouté.

Dans une interview diffusée en décembre par la BBC, M. Blair avait suggéré que le renversement du président irakien Saddam Hussein aurait été justifié même s’il avait été avéré que l’Irak ne disposait pas d’armes de destruction massive (ADM).

«Même avec toute mon expérience des interviews, cela montre que j’ai encore des choses à apprendre», a déclaré M. Blair, en témoignant devant la commission d’enquête sur la participation de la Grande-Bretagne à la guerre en Irak. «Je n’ai pas utilisé le mot’changement de régime’dans cet interview et je n’avais aucunement l’intention de changer la base» justifiant la guerre, a-t-il ajouté, costume sombre et cravate rouge, le visage bronzé.

Cette interview ne présentait «aucunement un changement de position», a-t-il affirmé. «La position était que c’était l’approche des résolutions de l’ONU concernant les ADM», non respectées par Saddam Hussein, qui a servi à légitimer la guerre. «C’était l’argument», a-t-il insisté. «Ca l’était alors et ça le reste.»

Dans cet entretien à la BBC1, M. Blair s’était vu demander s’il aurait engagé son pays dans la guerre même si Saddam n’avait pas disposé d’ADM. Il avait répondu: «J’aurais continué à penser qu’il était juste de le renverser. Evidemment, nous aurions employé et développé des arguments différents quant à la nature de la menace».

Manifestations

A l’extérieur de la salle d’audience, au centre de Londres, plusieurs centaines de personnes ont commencé à manifester en début de matinée. Contenus par une centaine de policiers formant plusieurs cordons, les manifestants portaient des panneaux «Bliar» (jeu de mots entre «Blair» et «liar», menteur en anglais).

Un groupe de manifestants a défilé, les mains ensanglantées de peinture rouge et arborant des masques de l’ex-Premier ministre, en portant un cercueil avec l’inscription «le prix du sang». D’autres scandaient «Tony Blair où es-tu, nous voulons te frapper avec une chaussure!» ou encore «criminel de guerre», alors que l’ex-Premier ministre était, selon les médias, entré avant 9 heures dans le centre de conférence Queen Elizabeth II par une porte dérobée, évitant les manifestants.

Certains d’entre eux étaient affiliés à des groupes pacifistes, à la campagne pour le désarmement nucléaire (CND) ou à des mouvements anarchistes, tandis que des proches des 179 soldats britanniques morts en Irak s’étaient aussi déplacés. «C’est un jour que nous avons attendu longtemps et je veux entendre ce qu’il a à dire», a expliqué Reg Keys, dont le fils Thomas est mort en Irak en 2003.

Tony Blair «doit expliquer pourquoi il a induit en erreur le parlement, pourquoi des informations ont été changées dans le dossier […] et pourquoi nos proches se sont retrouvés dans un conflit dont la légalité était très relative», a déclaré le père.

La commission d’enquête tentera notamment de savoir si l’ex-Premier ministre a manipulé ou exagéré les informations dont il disposait sur la menace présumée d’armes de destruction massive (ADM) aux mains de Saddam Hussein. Saba Jaiwad, membre d’un groupe irakien opposé à la guerre, a souligné que ses compatriotes avaient subi des conséquences «dramatiques» à cause de la guerre. L’audition de Tony Blair devrait durer six heures au total.