Longtemps surnommé «Tefal», parce que rien ne semblait accrocher sur lui, Tony Blair a perdu ses qualités antiadhésives. Présentant hier sa dernière conférence de presse mensuelle avant de partir en vacances aux Barbardes, le premier ministre britannique a été confronté à de nombreuses attaques sur l'Irak et sur l'affaire David Kelly. «Nous devons faire face à une baisse de la confiance du public», a-t-il reconnu.

Pour se défendre, il a tenté de se recentrer sur les affaires intérieures et a fait présenter par un de ses proches conseillers un bilan soporifique des services publics. «L'essentiel de mon temps y est consacré, a-t-il insisté. Sur l'éducation, la santé, les crimes, nous avons un vrai programme actuellement en cours.» Le message est destiné aux nombreux Britanniques agacés par le temps que Tony Blair a consacré aux affaires étrangères cette année. «A la fin, le public me jugera sur les services publics, l'éducation et la santé», estime-t-il. Pour que tout soit clair, le premier ministre a ajouté, en vue des élections législatives prévues en 2005: «Il y a encore beaucoup de travail à faire et mon appétit pour ce travail n'a pas diminué.»

Ne pouvant éviter les questions sur l'Irak, il a réaffirmé que «les justifications pour la guerre demeurent», malgré les armes de destruction massives qui restent introuvables. Il a souligné que l'Irak était une vraie «menace» et que «l'immense majorité des Irakiens est ravie que Saddam (Hussein) ne soit plus là».

Quant à l'affaire Kelly, il a évité autant que possible de commenter, affirmant qu'il fallait laisser du temps à l'enquête menée actuellement par Lord Hutton pour faire toute la lumière sur cette histoire. Tony Blair s'est contenté de souligner qu'il n'avait pas «attaqué» la BBC sur son reportage affirmant que le gouvernement avait «gonflé» un dossier sur l'Irak, mais qu'il s'était contenté «de corriger une histoire qui était incorrecte».

Le premier ministre, qui s'apprête à battre le record de longévité d'un gouvernement travailliste (détenu par Clement Atlee au pouvoir de 1945 à 1951), se prépare maintenant pour une rentrée chahutée. Outre la fin de l'affaire Kelly, il devra faire face au traditionnel congrès du TUC (Trade Union Congress), le principal regroupement de syndicats, qui devrait être extrêmement virulent cette année. Deux réformes clés, celle des hôpitaux (avec l'introduction d'un partenariat avec le secteur privé) et l'augmentation des frais d'inscription à l'université, sont en effet très impopulaires.

De plus, les mauvaises nouvelles économiques pleuvent depuis quelques jours. L'endettement des ménages a fortement grimpé en juin, les revenus moyens des foyers anglo-saxons ont baissé de 1,3% d'avril 2002 à avril 2003 et les finances gouvernementales semblent sur le point de déraper. La tactique de Tony Blair, qui consiste à éviter l'Irak en se concentrant sur les affaires intérieures, est donc risquée: ces dernières lui réservent pas mal de mauvaises surprises.