Tony Blair lance un cri d’alarme pour réformer l’Union européenne

Europe Dans une interview, l’ancien premier ministre croit que les Britanniques opteront finalement pour rester au sein des Vingt-Huit

Depuis le résultat des élections européennes, Tony Blair s’est lancé dans un plaidoyer pro-européen. Son objectif: profiter de la montée du vote europhobe dans tout le continent pour réformer l’Union européenne (UE) et ainsi aider le Royaume-Uni à rester en son sein. L’ancien premier ministre britan­nique a démarré une grande offensive médiatique, avec un discours devant la communauté d’affaires lundi et un entretien avec des journaux européens, dont Le Temps.

Il demande au Royaume-Uni d’être un pays leader dans la réforme de Bruxelles, plutôt que d’adopter une position attentiste et en confrontation avec le reste des Vingt-Huit. «La clé pour gagner la bataille de l’avenir de la Grande-Bretagne au sein de l’Europe est de gagner la bataille pour l’avenir de l’Europe elle-même.»

Le Temps: Pourquoi avez-vous décidé de prendre la parole? Etes-vous candidat à un poste au sein de l’UE, même informel?

Tony Blair: Sur l’Europe, j’ai toujours parlé ouvertement. Et, non, ça n’a rien à voir avec moi. Je ne suis candidat à aucun poste, formel ou informel dans l’UE. Il s’agit juste d’un sujet auquel je crois passionnément.

– Quelles réformes suggérez-vous?

– Les élections européennes ont envoyé un message clair, un désir de changer l’UE. Ce vote est un signal d’alarme. Mais ça ne veut pas dire pour autant que les gens ont vraiment décidé que le populisme était la réponse à leur question. Nous devons au contraire offrir une réponse cohérente, en nous posant en tant que leader. Les pro-européens doivent donc faire des réformes, afin que les anti-européens n’utilisent pas l’absence de changement pour dénigrer le projet européen. Ces réformes doivent se mener à deux niveaux, afin de rendre l’Europe plus compétitive. D’abord, au sein de la zone euro, une action forte de la Banque centrale européenne et de la Commission est nécessaire, pour éviter la déflation et soutenir la croissance. Et il faut pour cela trouver un accord pour accélérer les réformes économiques au sein des différents pays. Ensuite, il faut que l’ensemble de l’Europe montre qu’elle agit concrètement sur des questions importantes comme l’énergie, la défense, la lutte contre l’immigration illégale et le crime organisé.

– Quel candidat envisagez-vous pour la présidence de la Commission européenne? David Cameron s’oppose à Jean-Claude Juncker…

– Il faut faire ça dans l’autre sens: d’abord déterminer les réformes à faire et ensuite choisir le meilleur candidat. Je souhaite qu’il y ait un sommet européen spécial pour déterminer ces réformes. Ensuite, le Conseil européen doit nommer une commission chargée de les appliquer. Il faut que celle-ci soit unie, avec un objectif commun.

– Mais, spécifiquement, est-ce que Jean-Claude Juncker est le bon candidat? Il est le «spitzenkandidate», le candidat du parti qui a remporté la majorité au parlement européen. Ne serait-ce pas démocratique que de le choisir?

(Rire) Il faut que je choisisse mes mots avec soin… Ecoutez, je ne connais personne en Europe qui pensait élire le président de la Commission avec ce vote. Il faut être raisonnable là-dessus…

– En promettant un référendum, est-ce que David Cameron a affaibli la position de la Grande-Bretagne au sein de l’UE?

– Je ne suis pas d’accord avec le référendum. Ça ne peut être une bonne idée que si l’on est prêt à quitter l’UE, et je ne crois pas que ce serait raisonnable. Donc, je dirais à Cameron: cela serait plus facile de convaincre s’il parlait de ce qui est bon pour l’Europe et pas seulement de ce qui est bon pour la Grande-Bretagne. Ce serait ainsi plus facile de construire des alliances. Si les [partenaires européens] pensent qu’on parle uniquement de nous, que nous sommes d’un côté et qu’ils sont de l’autre, ce sera très difficile.

– Pensez-vous que le Royaume-Uni puisse sortir de l’UE?

– A partir du moment où vous avez un référendum, il faut pouvoir envisager une situation où le Royaume-Uni va sortir. Mais je crois qu’en fin de compte, les Britanniques resteront. Ils comprennent les problèmes que pose une sortie de l’Europe. Ils ne sont pas aussi anti-européens qu’on le dit. Par exemple, personne n’a gagné une élection (nationale) en Grande-Bretagne avec un programme anti-UE, alors que j’ai gagné trois élections en tant que pro-européen. Et Thatcher a remporté ses deux premières élections comme pro-européenne, face à un Parti travailliste qui était alors anti-UE.

– Vous êtes souvent accusé de profiter de votre rôle d’ancien premier ministre pour vous enrichir, travaillant pour des clients peu recommandables…

– Les gens ne comprennent pas ce que j’essaie de faire, à savoir vraiment améliorer les choses [make a difference] . Je ne pouvais pas juste prendre ma retraite et jouer au golf. J’aurais pu aller sur le circuit des discours payés et gagner tout l’argent que je voulais. Mais ça ne m’intéresse pas. Alors, j’essaie de construire une organisation. J’emploie près de 200 personnes. Mes deux fondations [sur le dialogue interreligieux et sur l’aide à l’Afrique] bénéficient de plusieurs millions de livres et travaillent dans différents pays. Pour financer cela, en tant que simple citoyen, le côté business de mon activité est nécessaire.