Le pessimisme fait peu à peu son chemin dans les esprits, outre-Manche, quant au sort de Margaret Hassan, l'otage britannique qui dirigeait l'ONG Care en Irak jusqu'à son rapt à son domicile, à Bagdad, le 19 octobre dernier. Contrairement à la plupart des humanitaires depuis la fin de l'été, cette femme de 59 ans avait choisi de rester en dépit d'une instabilité galopante à Bagdad.

Mercredi, le Foreign Office ne cachait pas que la situation était pour le moins «préoccupante». Quelques heures plus tôt, des diplomates britanniques en poste à Doha, au Qatar, avaient en effet visionné une nouvelle vidéo sur laquelle Margaret Hassan est molestée par ses geôliers. La cassette, envoyée par ses ravisseurs, est arrivée cette semaine au siège d'Al – Jazira, à Doha. Mais cette fois, la télévision qatariote a décidé de ne pas la diffuser. Une réserve rare qui n'a pas manqué d'alerter les autorités britanniques comme les proches de l'otage. Al-Jazira argue qu'elle préférait s'abstenir «pour des raisons humanitaires», avançant que la vidéo comporte des scènes «très dures» où Margaret Hassan s'évanouit après avoir plaidé pour sa survie.

Livrée au groupe d'Al-Zarkaoui?

Ce n'est toutefois pas tant la détresse de ces images qui inquiète les autorités britanniques, mais davantage le message qui l'accompagne: si les troupes britanniques ne quittent pas l'Irak dans les quarante-huit heures, Margaret Hassan sera livrée au groupe islamiste Abou Moussab al-Zarkaoui, indiquent en substance ses ravisseurs. Londres prend très au sérieux cet ultimatum, qui expire en théorie ce jeudi soir: le terroriste jordanien Al-Zarkaoui est précisément celui qui a décapité, il y a un mois, Ken Bigley, un autre otage civil britannique.

Margaret Hassan a certes peu de points communs avec Ken Bigley, à part la nationalité britannique et un second passeport irlandais en vertu d'origines irlandaises. Mariée à un Irakien, elle vit depuis trente ans en Irak et possède la nationalité irakienne. Elle parle arabe couramment, s'est convertie à l'islam, et n'a jamais quitté l'Irak, pas même en période de guerre ou sous le blocus onusien. Ingénieur originaire de Liverpool venu chercher fortune à Bagdad, Ken Bigley, ne parlait pas arabe et n'était pas vraiment intégré à la société irakienne, tandis que des centaines de Bagdadis sont descendus dans la rue, après le rapt, pour réclamer la libération de Margaret Hassan.

Et pourtant, Margaret Hassan a bien été enlevée pour le symbole qu'elle représente, à savoir une Occidentale issue d'un pays de la coalition américaine. Or le rapt d'un nouveau sujet de Sa Majesté est un traumatisme de plus pour l'opinion publique britannique, qui se sent de plus en plus prise en otage dans cette guerre très impopulaire. Acculé sur le terrain avec ces multiples prises d'otages, le gouvernement de Tony Blair fait en effet l'objet d'une pression croissante à l'échelle nationale sur le dossier irakien, un an et demi après avoir emboîté le pas aux Américains dans l'offensive. Le premier ministre britannique a pourtant fait savoir, hier, qu'il n'allait pas céder au chantage des ravisseurs de Margaret Hassan.

Suicide d'une femme sergent

Le retrait des troupes britanniques est d'autant plus exclu que Tony Blair a franchi la semaine dernière un pas supplémentaire dans l'engagement militaire: sur requête américaine, il a fait déployer quelque 850 hommes dans la région de Bagdad. Jusqu'à présent, les forces britanniques (7500 hommes) étaient stationnées dans le sud du pays, autour de Bassorah. Ce déploiement suscite la colère chez les Britanniques: selon un sondage ICM au 24 octobre, ils désapprouvent à 61% l'envoi de troupes à Bagdad, où la situation est réputée plus instable qu'à Bassorah. Il intervient en outre alors que les troupes de Sa Majesté accusent un certain ras-le-bol et que l'inquiétude gonfle dans les familles des militaires servant en Irak. Un sentiment encore renforcé par l'annonce, mardi, de la mort du sergent Denise Rose. A 34 ans, la jeune femme est la 70e victime militaire britannique. Elle se serait suicidée samedi soir dernier dans sa chambre, à Bassorah.