Revoilà Tony Blair. Trois ans après sa démission du poste de premier ministre, les Britanniques vont revoir ce mercredi son visage sur tous les écrans de télévision et en une de tous les journaux du pays. Il publie en effet ses Mémoires, The Journey (Le voyage). Cette autobiographie est d’autant plus attendue que, contrairement aux habitudes, aucun exemplaire n’a été envoyé à la presse et aucun passage n’a préalablement été publié par l’un des grands quotidiens nationaux.

Le choc de son retour sur le devant de la scène risque d’être brutal. Après avoir été omniprésent dix années durant, Tony Blair avait quasiment disparu du quotidien de ses concitoyens. Ses rares réapparitions ont gardé une saveur amère: enquête sur la guerre en Irak et polémiques commerciales. En effet, s’il avait été nommé envoyé spécial du Quartette diplomatique chargé de faciliter le processus de paix au Proche-Orient dès le lendemain de sa démission, ce sont plutôt ses opérations personnelles qui auront fait parler de lui. Peu après son retour à la vie civile, il est engagé comme conseiller de la banque américaine JP Morgan Chase pour un salaire annuel de 2 millions de livres (3,1 millions de francs), puis par l’assureur Zurich Financial Services pour 500 000 livres.

Il crée sa société de conseil, Tony Blair Associates (TBA), qui lui rapporterait plusieurs millions de francs par an pour des consultations, notamment au Koweït et dans les Emirats arabes unis. Cette obscure structure juridique, composée d’une douzaine d’entités légales différentes, opère dans le secteur des activités de conseil et des œuvres caritatives. Elle a reçu entre autres près de un million de livres sterling d’une société caritative du groupe britannique de grande distribution Sainsbury et 2,46 millions de dollars de la Gate Foundation.

Le plus riche de l’histoire

Le développement du champ des activités de TBA a forcé l’ancien premier ministre travailliste à demander l’autorisation de la Financial Services Autority pour transformer l’une de ses filiales, Firerush Investment No3, en une société d’investissement. Elle est donc habilitée depuis la semaine dernière à arranger des «contrats d’investissements».

Alors que le Royaume-Uni peine à s’extraire des difficultés économiques et se prépare à plonger dans une crise sociale, Tony Blair est en train de devenir l’ancien chef du gouvernement britannique le plus riche de l’histoire. Aux multiples émoluments des filiales de TBA s’ajoutent en effet les frais obtenus de sa participation à des galas ou à des sommets, chacun facturé entre 100 000 et 250 000 livres. Cet ensemble d’opérations lui a notamment permis d’acquérir deux maisons d’un coût total de 10,2 millions de livres.

Afin de se racheter une image, il a pourtant annoncé le versement de l’intégralité des droits de ses Mémoires à la Légion britannique, dont les arrhes sont estimées à 4,6 millions de livres. Preuve de son impopularité, ce choix a surtout fait grincer les dents des membres des nombreuses familles ayant perdu un des leurs en Irak.