Pour Tony Blair, «pas le moindre doute», Saddam Hussein a bien tenté de reconstruire son arsenal en la matière. S'il n'obéit pas à la résolution 1441 du Conseil de sécurité, il doit être désarmé de force. Et si, une fois l'évidence démontrée, un membre du Conseil fait manifestement obstruction à une résolution sur des frappes militaires contre l'Irak, «nous ne sommes pas en position d'être confinés» à ne pas réagir, a averti le premier ministre britannique lors de sa rencontre mensuelle avec la presse. Autrement dit, si les Etats-Unis décident seuls d'attaquer Bagdad, Londres suivra.

«Toutefois, je ne pense pas en fait que cela va se produire», s'est empressé d'ajouter un Tony Blair qui espère toujours que c'est par la voie onusienne que la crise irakienne sera résolue. Mais ceux qui, dans son parti et même son gouvernement, sont opposés à une action militaire qui sorte du strict cadre des résolutions du Conseil de sécurité, ont été déçus. Clare Short, secrétaire d'Etat au développement international, a publiquement engagé les Britanniques à faire en sorte que Washington respecte la procédure prévue par les Nations unies. Elle a même assuré que le Royaume-Uni ne se joindrait pas à une attaque américaine en solo. Manifestement, son premier ministre dément et laisse la porte ouverte à pareille éventualité. Mais il aura fort à faire pour convaincre ses concitoyens, le cas échéant. Un sondage réalisé par l'institut YouGov pour le compte de la chaîne privée ITV News, montre que 58% des Britanniques estiment que la menace posée par Saddam Hussein ne justifie pas une action militaire. Et près d'un tiers d'entre eux pensent que la pression américano-britannique est motivée par la perspective de contrôler les ressources irakiennes de pétrole. Un quart des sondés pensent que l'objectif réel de la campagne actuelle est de renverser Saddam Hussein, alors que ceux qui croient que le but est bien d'éliminer ses armes de destruction massive sont à peine plus d'un cinquième. Et si 53% des personnes interrogées seraient prêtes à soutenir une offensive armée en cas d'approbation par le Conseil de sécurité de l'ONU, presque un tiers d'entre elles ne veulent pas entendre parler de guerre du tout.

L'opposition conservatrice, qui soutient la ligne de Tony Blair envers Bagdad, critique désormais le chef du gouvernement pour son incapacité à faire entendre son point de vue au pays, et surtout au sein de ses propres troupes. Mercredi, le premier ministre doit tenir une réunion privée avec les membres travaillistes du parlement. Dans son entourage, on craint désormais que le camp des «antiguerre» dépasse les 100 députés et conduise à une révolte néfaste au sein du parti majoritaire.